11 oct. 2009

Sarkozy tourne Kazakh

Le Président effectue mardi un aller-retour au Kazakshtan. Pourquoi ?

YANN LIBESSART
Nicolas Sarkozy et Noursoultan Nazarbayev mardi à Astana


Nicolas Sarkozy et Noursoultan Nazarbayev mardi à Astana
(Shamil Zhumatov / Reuters)

Beaucoup de Français connaissent Astana. C'est l'équipe qui a remporté le dernier tour de France à vélo, avec dans ses rangs le vainqueur Alberto Contador et l'éternel miraculé Lance Amstrong. Moins savent qu'Astana est aussi la capitale du Kazakhstan, pays d'origine de l'écurie cycliste en question, où Nicolas Sarkozy passe son mardi, sans lien, semble-t-il, avec sa passion pour la bicyclette.

Trésors énergétiques

Car le Président de la République, lui, sait une chose: le sous-sol de l'immense étendue de steppes, vaste comme 5 fois la France, regorge de matières premières. Le pétrole, dont les quantités enfouies seraient équivalentes à celles de l'Irak, représente déjà plus de la moitié des exportations nationales et du budget de l'Etat. En 2000, la découverte d'un énorme gisement dans la mer Caspienne a propulsé le Kazakhstan dans le peloton de tête des producteurs gaziers. L'ancienne république soviétique posséderait également un quart des réserves planétaire d'uranium, dont il escompte devenir le premier producteur mondial à court terme.

Autant de charmes auxquels n'a pas pu résister Sarkozy, qui a donc à nouveau revêtu son costume de VRP de luxe de l'industrie française. Pendant qu'il papote avec Noursoultan Nazarbaïev, son homologue réélu avec des scores zimbabwéens depuis l'indépendance de 1990, une trentaine de chefs d'entreprise française font chauffer les plumes Mont-Blanc.


Avalanche de contrats

Les groupes français Total et GDF Suez ont ainsi racheté mardi la moitié de la part détenue par la société d'Etat Kazmunaigaz dans le champ gazier russo-kazakh de Khvalinskoye, pour un montant évalué à un milliard de dollars. Aux termes de cet accord, les deux entreprises françaises détiennent un quart (17% pour Total et 8% pour GDF-Suez) de ce champ d'exploitation, le groupe russe Loukoïl en détenant la moitié et Kazmunaigaz le dernier quart.

Anne Lauvergeon, PDG d'Areva, et Vladimir Shkolnik, PDG de la société publique kazakhe Kazatomprom, ont conclu un partenariat pour la création d'une coentreprise, baptisée Ifastar, qui sera basée à Paris. Elle aura pour fonction de «réaliser une étude de marché pour la fourniture d'offres intégrées de combustible aux électriciens asiatiques», selon un communiqué du champion tricolore du nucléaire.

Le président d'Alstom Patrick Kron a de son côté signé mardi deux contrats portant sur la production de systèmes d'aiguillages et la réalisation d'un tramway moderne dans la capitale Astana.

Au final, 24 accords seront paraphés pour un total de plus de 4 milliards d'euros, dont la fourniture de deux satellites d'observations de la terre par EADS-Astrium, d'un système de télécommunication militaire par Thalès ou encore la construction d'un oéloduc, reliant le champ pétrolier géant de Kashagan à la mer Caspienne, par Spie Capag, filiale du groupe de BTP Vinci.

Dans un entretien paru mardi dans le quotidien local Kazakhstanskaïa Pravda, le chef de l'Etat a confirmé que «le Kazakhstan est pour nous un partenaire majeur dans une région, l'Asie centrale, absolument stratégique pour le monde, un géant avec qui nous voulons développer nos relations dans tous les domaines».


Il est vrai que la position centrale du Kazakhstan, au coeur d'un triangle formé par Moscou, Pékin et Téhéran, est d'un intérêt géopolitique évident, que ce soient en termes de routes énergétiques ou de positionnement militaire.


Pas de leçons à donner

Quitte à passer sous silence la question des droits de l'Homme ? Inquiète des atteintes à la liberté de la presse et des tendances autocratiques de Nazarbaïev, l'ONG Human Rights Watch a demandé à Nicolas Sarkozy de faire pression sur son hôte, qui doit prendre en janvier la présidence tournante de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

Le Président a préféré ressortir son discours habituel, déjà bien rodé chez d'autres pseudo-démocraties à fort potentiel économique, comme le Niger, le Congo, la Tunisie, l'Egypte ou encore la Libye : «La meilleure façon de résoudre des problèmes, c'est pas forcément de venir en donneur de leçons, c'est de venir en ami pour essayer de trouver des solutions». Et encaisser les chèques.

In Libération - 6/10/2009

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