7 mai 2007

Courriel d'Attac

COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°569)

Jeudi 3/05/07
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Dans ce numéro

1. L'ENJEU DE SOCIETE DU 6 MAI
Par Attac France

2. CONTRE UN PROGRAMME DE DROITE EXTREME. LE PROGRAMME DE NICOLAS
SARKOZY : RENFORCER LES 7 PILIERS DU NEOLIBERALISME
Par Attac France

3. L'INEGALITE PROGRAMEE
Par Jean Gadrey, membre du Conseil scientifique d'Attac France,
Professeur émérite d'économie, Université de Lille 3. Article publié
dans Politis (www.politis.fr), édition du 23 avril

4. LES SEPTS PECHES CAPITAUX DE SARKO
Par Ivan Duroy, journaliste à Témoignage Chrétien, membre du Conseil
d'administration d'Attac France. Article tiré du magazine Bastamag.org

5. LES FRANÇAIS NE SONT PAS DES PARESSEUX !
Par Guillaume Duval, rédacteur en chef d'Alternatives économiques
(www.alternatives-economiques.fr)

6. L'EUGENISME AU SERVICE DU LIBERALISME
Par Jacques Testart, membre du Conseil scientifique d'Attac, directeur
de recherches à l'INSERM. Article publié dans Le Monde, 19 avril 2007
(www.lemonde.fr)

7. OGM : UN MORATOIRE A PORTEE DE MAIN
Par Aurélien Bernier, animateur de la commission OGM d'Attac France, 4
avril 2007

8. LES ENJEUX INTERNATIONAUX DE LA PRESIDENTIELLE
Par Aurélie Trouvé, Jean-Marie Harribey, co-présidents d'Attac France.
Article paru dans L'Humanité (www.humanite.fr), le 2 mai 2007

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1. L'ENJEU DE SOCIETE DU 6 MAI 2007

Par Attac France (http://france.attac.org)
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Attac, association d'éducation populaire sans attache partisane, est
néanmoins concernée par le choix politique essentiel du dimanche 6 mai
parce qu'il portera sur un enjeu de société. Si le programme de
Ségolène Royal n'est pas en mesure d'opérer les ruptures nécessaires
avec la logique néolibérale, celui de Nicolas Sarkozy représente un
danger pour la société.

La démocratie contre la xénophobie et la restriction des libertés

Nicolas Sarkozy a contribué à mettre le feu aux poudres dans des
banlieues délaissées en terme de
services publics et frappées par un chômage endémique. En stigmatisant
les jeunes traités de "racaille",
en menaçant de "kärchériser" les quartiers pauvres, lui, l'élu de
Neuilly, la commune la plus riche de France, a dévoilé le vrai visage
du « rêve » qu'il fait pour la France. Sa politique "d'immigration
choisie" au seul profit des entreprises, faite de criminalisation des
immigrés, traqués jusque dans les écoles et les hôpitaux, mais aussi
de leurs soutiens, est liberticide et viole les droits humains.

La raison contre l'obscurantisme

On savait que Nicolas Sarkozy voulait "dépister" les enfants
"potentiellement délinquants" dès l'âge de trois ans. Il prétend aussi
que la pédophilie et la tendance au suicide sont "inscrites dans les
gènes". De telles affirmations étant contraires à tout ce que la
science a pu établir, on pourrait rire de cet obscurantisme
moyenâgeux. Mais c'est pire, car cela sous-tend une vision
réactionnaire consistant à renvoyer les conditions sociales et les
comportements à la prédestination dont les individus seraient l'objet.
Les thèmes du programme de Sarkozy sont directement inspirés par les
courants néoconservateurs états-uniens. On comprend mieux le soutien
qu'il a apporté à la politique de Bush en Irak.

La solidarité contre le cynisme des puissants

Nicolas Sarkozy veut faire travailler plus : semaines rallongées,
retraite à 65 ou 70 ans, le tout avec des contrats de travail
dévalorisés. Les chômeurs seront contraints d'accepter n'importe
quelle offre d'emploi, sinon leurs allocations seront supprimées.
C'est la flexibilité, le doux nom pour dire : "courbez l'échine !".
Les heures supplémentaires ne donneront plus lieu à cotisations
sociales. C'est le meilleur moyen d'assécher les caisses de la
Sécurité sociale, puis de la déclarer en faillite. Les compagnies
d'assurance pourront se frotter les mains.
Nicolas Sarkozy veut renforcer le "bouclier fiscal" des riches,
réduire encore l'impôt sur le revenu, l'impôt sur les successions,
l'impôt sur les sociétés et l'impôt de solidarité sur la fortune.
C'est le meilleur moyen d'accroître le déficit du budget de l'État,
face auquel il ne pourra que diminuer les dépenses publiques
d'éducation, de santé, de logement, etc. Et tout cela, pourquoi ?
Parce que telle est l'exigence qu'expriment sans honte les puissances
financières, leurs actionnaires et le patronat, relayés par des médias
complices ou complaisants. Le chômage ne recule pas, le SMIC et les
petits salaires végètent, mais les profits du CAC 40 et autres
entreprises s'envolent au rythme des plans de licenciement et de la
destruction de la nature. Une nature déjà polluée et malmenée par le
productivisme et qui le sera encore davantage avec des OGM partout.

Au nom de la démocratie, de la solidarité et de l'écologie

Attac considère que les mesures préconisées par Nicolas Sarkozy sont
totalement incompatibles avec les principes de justice et de
démocratie au nom desquels l'association agit.


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2. CONTRE UN PROGRAMME DE DROITE EXTREME. LE PROGRAMME DE NICOLAS
SARKOZY : RENFORCER LES 7 PILIERS DU NEOLIBERALISME !

Par Attac France (http://france.attac.org)
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Attac, association d'éducation populaire, s'est engagée depuis neuf
ans dans un combat contre la marchandisation accélérée des activités
humaines. Celle-ci, menée tambour battant par les groupes financiers
les plus puissants avec le soutien actif des politiques des États et
des institutions internationales, conduit à l'aggravation de la
pauvreté et du chômage, au démantèlement des services publics et de la
protection sociale, et à la dégradation écologique irrémédiable de la
planète. Pendant ce temps, les pays les plus pauvres sont condamnés à
le rester indéfiniment, écrasés par le poids d'une dette inextinguible
et rendus dépendants sur le plan alimentaire parce que leurs
agricultures sont ruinées par celles des pays riches, intensives et
subventionnées.

Attac réaffirme donc un principe fondamental : les peuples doivent
recouvrer la plénitude de leurs prérogatives pour décider de leur
avenir que les politiques néolibérales veulent au contraire confier
aux marchés financiers et à ceux qui en tirent le maximum de profit.
Or le système économique actuel nous conduit à toujours plus
d'inégalités, de dégâts écologiques, d'entorses à la démocratie. Dans
son Manifeste altermondialiste (1), Attac identifie 7 piliers de ce
système économique. Si Ségolène Royal est loin de proposer des
alternatives satisfaisantes, N. Sarkozy ne propose qu'une chose :
renforcer chacun de ces 7 piliers !

1- N. Sarkozy, pour la guerre permanente et les politiques sécuritaires !

Vous voulez une société de solidarité entre les pays, les peuples et
les générations, qui règle les problèmes d'abord par la compréhension
mutuelle, la concertation, la coopération ?

N. Sarkozy propose :
• d'augmenter la peur de tous les citoyens envers les « étrangers »,
en associant identité nationale et immigration, en assimilant
étrangers et délinquants ;
• de mener une politique ultra-répressive, semblable à celle qu'il a
conduite comme ministre de l'Intérieur, dénoncée par la Ligue des
Droits de l'Homme (1) et ayant mené à la très forte augmentation des
personnes incarcérées, dont plus du tiers présumées innocentes ;
• de revenir sur l'ensemble des dispositifs de protection et de
réinsertion des mineurs, en supprimant notamment l'excuse de minorité
;
• d'abaisser la majorité pénale à 16 ans, de repérer les futurs
délinquants dès l'âge de 3 ans, et de lever à cette fin le secret
auquel sont tenus les opérateurs de la santé ou de l'action sociale ;
• de généraliser la surveillance de la population par un croisement
systématique des fichiers informatiques, et ce, au mépris des
principes de libertés individuelles ;
• d'assimiler systématiquement les personnes en difficulté financière
à des délinquants potentiels qui doivent être étroitement surveillés ;
• de creuser un peu plus la fracture entre les jeunes de banlieue et
la société, en les traitant de « racailles » et en prétendant «
kärchériser » leurs quartiers, tout en supprimant la police de
proximité au profit des compagnies de CRS et de la BAC ;
• de continuer sa chasse aux sans-papiers, jusque dans les écoles et
les hôpitaux.
N. Sarkozy refuse de remettre en cause la politique guerrière de
George Bush, qui est un de ses alliés politiques, tout comme
Berlusconi. Il s'est en outre prononcé contre l'utilisation par la
France de son droit de veto lors du déclenchement de la guerre en
Irak.

2- N. Sarkozy, pour le rejet de la démocratie !

Vous voulez une société démocratique, où le pouvoir sera déconcentré
et où nous pourrons nous réapproprier ensemble l'avenir de notre monde
?

N. Sarkozy propose une concentration des pouvoirs dans les mains du
Président. Il refuse l'abrogation de l'article 49-3 (permettant au
gouvernement d'imposer des lois sans débat au parlement).

Vous souhaitez qu'on respecte le vote « non » au traité
constitutionnel européen ?

N. Sarkozy propose un traité institutionnel européen préparé
diplomatiquement (c'est-à-dire de façon opaque) par les gouvernements
européens et voté par le Parlement national, donc sans référendum.

3- N. Sarkozy, pour le formatage des esprits et la société de la peur !

Vous voulez une société qui soutienne la diversité culturelle et une
information indépendante ?

N. Sarkozy propose :
• une présidence soutenue par la plupart des médias appartenant à des
groupes financiers puissants, dont la ligne éditoriale est de soutenir
la logique des marchés financiers. La complicité entre le candidat et
les propriétaire de ces médias a été démontrée à de multiples reprises
: Dassault, Pinault, Bouygues, « son meilleur ami », Lagardère, « son
frère »… ;
• une présidence qui met au pas les médias et journalistes
récalcitrants, en usant d'une politique de la carotte et du bâton ;
• une mise en scène régulière de la gestion policière des quartiers
populaires et des banlieues et une utilisation des médias pour
instaurer un climat de peur permanente.

4- N. Sarkozy, contre les services publics et pour plus d'inégalités !

Vous voulez une société qui se donne les moyens de vrais services
publics d'éducation, de santé, de logement, de transport,
d'environnement ? Une société où les impôts permettent de financer ces
services publics, tout en permettant de réduire les inégalités ?

N. Sarkozy propose :
• de ne remplacer qu'un fonctionnaire sur deux partant à la retraite ;
• de favoriser l'école privée au détriment de l'école publique, de
remettre en cause les zones d'éducation prioritaire et de supprimer la
carte scolaire ;
• une politique du logement réduite au strict minimum, incapable de
proposer une solution minimale aux centaines de milliers de sans logis
et de mal logés ;
• de mettre la recherche publique au service des intérêts privés par
une série de contre-réformes (suppression du CNRS, nouvelles
conditionnalités des financements publics...) ;
• de privatiser le service public à l'emploi.

N. Sarkozy, le soi-disant défenseur de la valeur travail et du mérite, propose :
• de renforcer le « bouclier fiscal » (de 60 à 50%) qui permet aux
riches de payer moins d'impôts ;
• de supprimer l'impôt sur les grandes fortunes ;
• de supprimer les droits de succession, ce qui n' avantage que les
plus riches ;
• de diminuer encore l'impôt sur les sociétés qui ne représente
pourtant déjà que 3% de la richesse nationale française (moins qu'en
Irlande !).

5- N. Sarkozy, contre les droits des salariés et pour le pouvoir des
actionnaires !

Vous voulez une société où les droits des salariés soient respectés,
où la répartition des richesses des entreprises soit rééquilibrée en
faveur des salariés ?

N. Sarkozy propose :
• d'en finir à terme avec le contrat à durée indéterminée (CDI), pour
un contrat unique qui permettrait aux patrons de licencier plus
facilement ;
• de travailler plus, en généralisant les heures supplémentaires sans
cotisations sociales, et de gagner moins, en bloquant le SMIC mensuel
à 980 euros nets pour les 5 prochaines années ;
• de restreindre le droit de grève et d'imposer un « service minimum »
dans les transports ;
• la retraite à 65 ou 70 ans et l'individualisation des retraites, via
les fonds de pension, dont les petits revenus seront les premières
victimes.

6- N. Sarkozy, pour la nature dépotoir et réservoir sans fin !

Vous voulez que les générations présentes et futures et que chaque
être humain aient droit à la santé et à un environnement sain ? Vous
voulez une planète vivable pour vos enfants, où soient stoppés le
réchauffement climatique et la destruction des ressources naturelles ?

N. Sarkozy refuse :
• de s'opposer aux OGM et à la relance du nucléaire ;
• de s'opposer aux industries et à l'agriculture polluantes.

N. Sarkozy propose :
• une relance de la construction d'autoroutes.

7- N. Sarkozy, pour le libre-échange et la libre circulation des capitaux !

Vous voulez une société avec des échanges solidaires, répondant à des
objectifs sociaux et environnementaux ?

N. Sarkozy propose d'approfondir l'intégration économique, sans règles
fiscales sociales et environnementales, menée par la Commission
européenne et l'Organisation mondiale du commerce.

Voilà pourquoi, nous qui revendiquons une société démocratique,
solidaire et écologique, nous sommes fermement opposés au programme de
N. Sarkozy.

Notes :
(1) Le Manifeste altermondialiste est disponible en livre, en version
4 pages et sur Internet :
http://www.manifeste.attac.org/
(2) http://www.ldh-france.org/actu_derniereheure.cfm?idactu=1428


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3. L'INEGALITE PROGRAMMEE

Par Jean Gadrey, membre du Conseil scientifique d'Attac France,
Professeur émérite d'économie, Université de Lille I. Article publié
dans Politis (www.politis.fr), édition du 23 avril
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Jamais avant Nicolas Sarkozy un candidat de droite à une élection
présidentielle n'avait poussé aussi loin dans ses propositions la
progression programmée des inégalités sociales. Les inégalités
croissantes ne sont d'ailleurs pas seulement une conséquence certaine
de la mise en œuvre de sa politique. Elles en sont l'indispensable
moyen.

Inégalités croissantes entre le travail et le capital d'abord, en
faveur du second. Voilà une bien curieuse façon de « réhabiliter » le
travail, pour quelqu'un qui se réclame de la France laborieuse. Mais
en réalité, la valeur travail de Sarkozy, c'est celle du MEDEF : ce
qu'il faut réhabiliter, c'est la libre exploitation du travail.
Symptomatique à cet égard est la proposition phare visant à permettre
au travailleur « libre » de faire en abondance des heures
supplémentaires qui seraient exonérées de cotisations sociales et
fiscales ! Qui ne voit que c'est bien la liberté de l'employeur de se
comporter en « surexploiteur » qui serait encouragée. Depuis des
années, la durée du travail en France se « dualise » : toujours plus
de temps partiel court « à l'initiative de l'employeur », maintien
d'une proportion forte (près de 10 %) de temps longs, à plus de 48
heures par semaine, sous la pression des mêmes employeurs. Avec
Sarkozy, qui veut « rompre avec la politique de partage du travail »,
le fossé se creuserait encore, avec la disparition de fait de la
notion de durée légale du travail, qui, en dépit de ses
contournements, a toujours constitué une protection contre
l'arbitraire.

Le capital serait toujours plus favorisé aussi par une fiscalité de
complaisance. La France, qui est pourtant déjà pour les investisseurs
étrangers une « terre d'asile » et une de leurs premières
destinations, deviendrait un véritable paradis fiscal. En particulier,
il faudrait selon Sarkozy « réduire les impôts qui pèsent sur les
entreprises : notamment faire converger le taux de l'impôt sur les
sociétés sur celui de la moyenne des pays de l'Union européenne à 15
». Cette proposition impliquerait de faire passer ce taux de 34 %
aujourd'hui (il a déjà baissé de 10 points en vingt ans de politiques
néolibérales) à 25 %. En attendant sans doute d'autres baisses, selon
le modèle irlandais (12 %).
Autrement dit, au lieu de combattre le dumping social en Europe (et
dans le monde), on déciderait – mais ce sont aussi des idées du MEDEF
– de suivre la pente du moins-disant fiscal, social, et écologique.
Par ailleurs, la fiscalité des particuliers, qui a outrageusement
favorisé les plus riches ces dernières années, continuerait à les
avantager toujours plus, par l'introduction d'un « bouclier » fiscal
encore plus faible, intégrant la CSG et la CRDS, et par la quasi
suppression de l'ISF et des droits de succession. Même le magazine
L'Expansion défendait le 27 septembre 2006 les droits de succession
(1), montrant notamment que sa suppression « creuserait les écarts de
fortune. Or, depuis un siècle, en France comme aux États-Unis, il sert
non seulement à remplir les caisses de l'Etat mais surtout à
redistribuer un peu les cartes sociales au moment d'un décès. Selon
Didier Migaud, député PS, la suppression des droits de succession
substituerait la culture de la rente à celle du travail. » Un autre
bel exemple de défense de la valeur travail !

Dualisme croissant encore, par la destruction de services publics
pourtant bien mal en point, mais qui restent des remparts contre le
creusement des inégalités d'accès aux soins, à l'éducation, au
logement et à bien d'autres droits fondamentaux. Ne pas remplacer un
fonctionnaire sur deux partant à la retraite, surtout dans une période
où ces départs seront plus nombreux, c'est une politique à la
Thatcher-Bush qui multipliera les exclusions.

Rien (en dehors d'un parti pris favorable aux grandes entreprises) ne
concerne un autre grand domaine où l'égalité reste à conquérir : le
développement sur tout le territoire (et non pas seulement pour ceux
qui ont les moyens) de services de la petite enfance et de la
dépendance, considérés comme des droits et comme des conditions, en
particulier, d'une plus grande égalité entre les femmes et les hommes.
Et d'ailleurs, dans ce dernier domaine, tout indique que les femmes
seraient (avec les chômeurs et les immigrés) les premières victimes de
ces orientations néo-conservatrices, avec l'explosion programmée du
temps partiel contraint et le « contrat unique » laissant aux
employeurs toute latitude d'exploiter et de licencier les plus faibles
sur le marché du travail.
Ne parlons pas des inégalités qui frapperaient, durement, les immigrés
« non choisis », les bénéficiaires de l'Aide Médicale État, et tous
ceux qui seraient suspectés de porter des gènes douteux…
Les anti-libéraux et les altermondialistes, quels qu'aient été leurs
choix au premier tour, doivent barrer la route à la régression sociale
programmée.

Notes :
(1) www.lexpansion.com/art/15.0.147183.0.html


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4- LES SEPTS PECHES CAPITAUX DE SARKO

Par Ivan Duroy, journaliste à Témoignage Chrétien, membre du Conseil
d'administration d'Attac France. Article tiré du magazine Bastamag.org
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À écouter Nicolas Sarkozy, le sursaut économique viendra de la fin du
« matraquage fiscal ». Ce discours s'appuie sur des idées reçues, en
grande partie fausses. Les propositions fiscales de Sarkozy ne
profiteront pas aux salariés même s'ils travaillent plus, mais aux
plus riches qui, eux, sont certains de s'enrichir davantage en
spéculant. Décryptage de l'une des plus grandes escroqueries de la
campagne.

L'impôt va mal. Des réformes successives l'ont rendu incompréhensible
pour le commun des mortels sans en améliorer l'équité. Il entraverait
le développement économique et la création d'emplois. Il ferait fuir
de nombreux créateurs d'entreprises vers des cieux, et surtout des
taux, plus cléments. Il empêcherait des parents, après une vie de dur
labeur, de léguer à leurs enfants maison familiale et pécule financier
patiemment mis de côté. Face au discours ambiant alimenté par les
pieux mensonges sarkozystes, nous avons jugé urgent, avec la précieuse
aide de Vincent Drezet, secrétaire général du Syndicat national unifié
des impôts (Snui) (1), de rétablir quelques vérités fiscales pour que
ceux qui s'apprêtent à voter pour le candidat de l'UMP, notamment dans
les classes populaires et moyennes, aient pleinement conscience des
conséquences de leur acte. « L'impôt est l'ami de la cohésion sociale
et n'est pas l'ennemi de l'activité économique. Moins d'impôts, ce
n'est pas forcément plus d'emplois. Tout dépend de l'affectation des
dépenses », tient à préciser le syndicaliste. L'enjeu fiscal cache un
véritable choix de société. « Une année de scolarisation en collège
coûte 7 400 euros par an selon les estimations de l'OCDE. Qui pourrait
payer si cela était privé ?, illustre Vincent Drezet. Tout le monde
bénéficie de l'impôt, en particulier les entreprises, donc il est
normal que chacun y contribue ».

La teneur du débat présidentiel n'est pas à la hauteur de l'enjeu. Les
lieux communs foisonnent, rarement les questions de fond. Vaut-il
mieux supprimer l'impôt sur la fortune (ISF) ou réduire la TVA sur
plusieurs produits de première nécessité, tels les médicaments ou
l'eau ? Quid des impôts locaux ? Comment intégrer une fiscalité
écologique qui ne nuit pas aux ménages les plus modestes ? « L'impôt
ne peut pas tout, mais ne doit pas rester à l'écart de tels enjeux. La
fiscalité vient en appui des politiques. Il y a des écueils à éviter,
comme dire « il suffit de » ou « il faut taxer cela ». Si, par
exemple, on taxe davantage les plus-values, comme le proposent
plusieurs candidats de gauche. Quand survient un crack boursier, adieu
les plus-values et donc les taxes. Comment fait-on pour équilibrer le
budget ? Il n'y a pas d'assiette miracle, mais une question de choix
sur la manière de répartir l'impôt ». Un véritable débat serait
salutaire. À moins de considérer comme légitimes les inégalités
actuelles, et l'instauration durable, deux siècle après l'abolition
des privilèges, d'une aristocratie de patrimoine divin, qui ne se
définirait non par son titre de noblesse mais par les sept, huit, neuf
voire dix chiffres caractérisant son patrimoine. C'est cela que
propose Sarkozy.

Mensonge n°1 : « L'impôt est un frein à l'emploi »

Qui n'a pas entendu cette lancinante rengaine ? En France, les
bénéfices des entreprises sont théoriquement imposés à 33,3 %. Comme
tous les autres pays d'Europe de l'Ouest, ce taux a considérablement
baissé en vingt ans. Il était de 45 % en 1986. Sur la même période, le
chômage n'a pas vraiment diminué. Au contraire ! Des entreprises moins
imposées ne créent donc pas forcément plus d'emplois. Aucun dispositif
n'existe pour qu'une entreprise qui réinvestit ses bénéfices soit
moins taxée. Que les profits servent à financer la recherche, à créer
des emplois ou à rétribuer des actionnaires, la taxation est la même.
Appliquer un taux d'imposition moindre sur les bénéfices réinvestis
est tout à fait envisageable. « Encore faut-il définir ce qu'est un
réinvestissement productif, pour éviter que cela serve au rachat
d'actions », prévient Vincent Drezet.

Le taux de l'impôt sur les sociétés demeure très théorique. Les PME
réalisant de petits bénéfices profitent d'un taux d'imposition de 15 %
(2). Moins compréhensibles sont les taux appliqués de fait aux
entreprises du Cac 40. Leurs bénéfices cumulés ont frôlé la barre des
100 milliards d'euros en 2006. Ces fleurons de l'économie française
auraient dû rapporter à eux seuls 33 milliards d'euros à la
collectivité au sein de laquelle elles ont prospéré. Or, cet impôt a
ramené en tout 41 milliards d'euros dans les caisses au titre des 2,6
millions d'entreprises installées sur le territoire. Celles-ci,
particulièrement les plus importantes, ne paient pas 33,3% d'impôt.
Sur la période 2004-2005 (le taux était alors de 35%), BNP-Paribas
s'est par exemple acquittée d'un taux de 25% comparé à ses bénéfices,
23,1% pour le cosmétique L'Oréal, 19,3% pour le groupe pharmaceutique
Sanofi-Aventis, 12,3% pour le voiturier Renault ou encore 9,2% pour
les communicants de Publicis (3)...

Comment est-il possible que des entreprises extrêmement florissantes
ne s'acquittent que partiellement de l'impôt sur les bénéfices ? « Ce
sont les miracles de la comptabilité », sourit Vincent Drezet. « Les
grandes entreprises transfèrent une partie de leur compte et donc de
leurs bénéfices à l'étranger ». Exemple ? Un groupe français détient
une filiale en Suisse. Celle-ci fournit des prestations surfacturées à
la maison mère. Ces surfacturations sont déductibles des bénéfices, et
donc de l'impôt, en France mais entrent dans le calcul des bénéfices
globaux de l'entreprise. Les actionnaires applaudissent. « Ces
pratiques sont difficiles à combattre pour nous, vérificateurs, qui
intervenons trois ou quatre ans après. Et nous devons avoir des
comparatifs pour prouver qu'une prestation a été surfacturée. Cela a
aussi des incidences sociales, car la mise en place de ce système
implique des restructurations pour réorganiser les sociétés ». Comment
éviter de telles dérives ? « Par une harmonisation des bases -
l'assiette sur laquelle est perçu l'impôt - au niveau européen et un
engagement de ne plus baisser les taux pour ne pas entretenir la
concurrence fiscale. Pour l'instant, chaque État joue solo ».

Mensonge n°2 : « Travailler plus pour gagner plus »

Sarkozy martèle ce slogan à l'envi. Il oublie qu'en France mieux vaut
être très à l'aise financièrement et... ne rien faire. Ou plutôt se
contenter de percevoir les dividendes de son patrimoine financier, via
un plan épargne-action ou un fonds commun de placement. « Quelqu'un
qui tire l'essentiel de son revenu de son patrimoine financier sera
imposé au maximum à 27% », précise Vincent Drezet. Et ce, grâce aux
défiscalisations ou aux réductions d'impôts appliquées à certains
types d'épargne. « Cela permet de bénéficier du barème proportionnel
et non progressif. Le salarié, lui, est imposé au barème progressif.
Avec les niches fiscales, à revenu égal et après impôt, la fiscalité
est favorable à l'actionnaire ». Cette inégalité profite aux 3% des
Français les plus riches qui possèdent 36% du patrimoine financier
(alors que les 75% les moins riches en possèdent 19%). Coût de ces
mesures dérogatoires : 13 milliards d'euros, bien plus que le déficit
de la sécurité sociale. Elles profitent d'abord aux gros détenteurs du
capital plutôt qu'aux modestes souscripteurs d'un livret A. Salariés
et actionnaires sont aussi inégaux devant la fraude. Un salarié qui
fraude est vite repéré alors que le contrôle d'une personne suspectée
de placer son argent au Luxembourg nécessite des moyens beaucoup plus
importants. L'une des solutions, selon Vincent Drezet, serait de «
développer une assiette large où tous les revenus soient imposés au
barème progressif ». Sur le modèle de la CSG par exemple, seule
contribution sociale à être payée par tous les types de revenus.

Mensonge n°3 : « Les crédits d'impôt profitent à tous les contribuable »

Les crédits d'impôt, en particulier sur l'emploi d'une personne à
domicile, ont eu des effets positifs. « Les classes moyennes qui
emploient quelqu'un à domicile quatre heures par semaine ont pu le
déclarer, ce qui permet à l'employé de bénéficier d'une protection
sociale et d'un droit à la retraite. Il faut donc maintenir une
réduction », reconnaît Vincent Drezet. Mais le plafond donnant droit à
une réduction, fixée en 2005 à 15 000 euros, bénéficie, encore une
fois, aux plus aisés. Exemple : un couple avec deux enfants, déclarant
des revenus annuels de 70 000 euros, soit un revenu mensuel frôlant
les 6 000 euros net (moins de 10% des ménages les plus riches
disposent d'un tel niveau de revenus, selon l'Insee) emploie une
personne à domicile à plein temps au Smic. Grâce au crédit d'impôt de
7500 euros (50% du plafond), ce couple est exonéré de l'impôt sur le
revenu. « Comble de la mesure : dans le même temps, le salarié à
domicile aura été, lui, imposable... », souligne le Snui. « La
réduction moyenne d'impôt liée à l'emploi à domicile est de 2 300
euros. Si nous avions un plafond donnant droit à une réduction de 5000
euros au lieu des 15 000 actuels, on maintient l'effet d'aubaine et on
récupère un milliard d'euros », explique son secrétaire général.

Cet exemple pose la question des multiples niches fiscales : 400 en
2005 ! Exonérations d'impôt sur l'épargne, aides aux propriétaires
immobiliers (dispositif « Robien »), dons aux oeuvres (déduction de
66%), investissements dans les Dom-Tom... Ces niches représentent un
manque à gagner pour l'Etat de 50 milliards d'euros, dont 30 milliards
au titre d'exonération de l'impôt sur le revenu. Leurs principaux
bénéficiaires ont les moyens de se payer les conseils avisés de
cabinets spécialisés dans la finance. « Dans certains cas, il vaut
mieux supprimer une niche fiscale et redonner des moyens à la
politique publique. On peut récupérer entre 7 et 15 milliards en
fonction des niches que l'on déciderait de supprimer ou de réduire »,
propose Vincent Drezet. À elles seules les réductions d'impôt liées
aux investissements outre-mer représentent 300 millions d'euros. Sans
aucun contrôle sur leurs effets en matière de développement.

Mensonge n°4 : « Consacrer plus de la moitié de ses revenus à payer
des impôts est scandaleux »

Depuis 2006, un « bouclier fiscal » plafonne la somme des impôts à
payer - impôts locaux (taxe foncière et d'habitation), impôt sur le
revenu et ISF - à 60 % des revenus d'un contribuable. Cette mesure du
gouvernement Villepin n'a pas suscité de grandes vagues de
protestation. « Les gens projettent sur leur situation personnelle un
discours qui ne les concerne pas », observe Vincent Drezet. En France,
le revenu médian est de 1 800 euros. Payer 50% d'impôt dans cette
situation serait bien évidemment scandaleux. « Les quelques
contribuables qui gagnent quinze millions d'euros par an peuvent
supporter une imposition à 75%. Ceux qui ont les moyens d'entretenir
leur patrimoine peuvent s'acquitter de l'impôt. Sinon, ils en vendent
une partie. Les impôts sur les stocks (ISF, taxes foncières)
diminueront d'autant ».

La mise en place de ce bouclier fiscal coûte chaque année 400 millions
d'euros à la collectivité. « Dont 350 millions d'euros profitent à 16
000 personnes », précise le fonctionnaire de Bercy. Le Trésor public
vient ainsi de rembourser à un particulier un trop perçu de... 820 000
euros. On est très loin des montants de la prime pour l'emploi !
L'heureux gagnant - pardon, bénéficiaire - avait versé 848 000 euros
au titre de l'ISF. Ce contribuable possède de nombreux biens
immobiliers. Ayant, en 2006, investi dans des travaux et des
acquisitions, ses bénéfices après impôts ont été beaucoup plus faibles
que d'habitude. Il s'est donc vu rembourser la quasi-totalité de
l'ISF. « Quelqu'un qui crée une entreprise, et donc investit plus
qu'il ne perçoit, va être provisoirement exonéré, mais sortira ensuite
du dispositif. Ceux qui restent dans le bouclier fiscal sont ceux qui,
soumis à l'ISF, profitent déjà de son plafonnement ». Soit 5 000
personnes environ, dont les deux tiers ont un patrimoine net supérieur
à 6,9 millions d'euros. Nicolas Sarkozy propose de porter le bouclier
fiscal à 50 % en y intégrant les contributions sociales. On appelle
cela la rupture.

Mensonge n°5 : « L'ISF est un impôt injuste »

Pauvres riches ! Le syndrome « île de Ré » a fait couler beaucoup
d'encre. À cause de l'augmentation du prix du foncier, des îliens se
sont retrouvés soumis à l'ISF malgré des revenus modestes. Les
pourfendeurs de l'ISF en ont profité pour dénoncer son caractère
inique. Face à quelques situations ubuesques, qui peuvent faire
l'objet d'une demande de recours gracieux auprès du fisc, faut-il
supprimer l'ISF ? « On peut s'en passer si on impose progressivement
les revenus, y compris les revenus du patrimoine, propose Vincent
Drezet. L'ISF n'est pas spécialement juste. La moitié de ses
contribuables paie moins de 2 300 euros. Et 90 % des contributeurs
n'excèdent pas 5 000 euros. Les vrais gagnants de sa suppression ne
seront pas ceux qui possèdent un patrimoine de 700 000 euros, mais
ceux qui ont dix fois plus ». L'ISF pose en fait la question de
l'imposition du patrimoine, rarement abordée. Le patrimoine des
ménages représentent 8 000 milliards d'euros. Les 10% les plus riches
en détiennent 46%, soit 3800 milliards. Les 50% les plus pauvres n'en
détiennent que 9%. Le patrimoine est le reflet des inégalités qui se
creusent. La mise en place d'un impôt progressif intégrant les oeuvres
d'art, les forêts et les biens professionnels - aujourd'hui exonérés -
pourrait même permettre de baisser le taux d'imposition.

Mensonge n°6 : « L'impôt sur l'héritage est abusif ».

Quel impôt plus impopulaire que celui sur les droits de succession ?
Pourtant, un quart de la population seulement s'en acquitte quand
survient le décès d'un parent. En 2006, cela concernait 144 000
successions imposables sur 537 000 décès. « Les gens ont l'impression
qu'on leur pique ce qu'ils ont patiemment mis de côté, mais la plupart
ne sont pas concernés. En général, ceux qui ont constitué un
patrimoine pendant leur vie sont exonérés », insiste Vincent Drezet.
La moitié des héritiers perçoit moins de 55 300 euros. Quant au
patrimoine moyen transmis, il avoisine les 100 000 euros. Ces
héritages se font pour l'essentiel en ligne directe. Grâce aux
abattements, ils ne sont donc pas imposables, ou très peu. Reste les
grandes fortunes accumulées et léguées au conjoint ou aux enfants. «
Personne ne constitue une richesse tout seul dans son coin. Il
s'enrichit dans le cadre d'une société et bénéficie d'une action
publique efficace. Il est donc normal qu'on laisse une part de son
patrimoine, notamment s'il est hérité de plusieurs générations »,
argumente Vincent Drezet.

Mensonge n°7 : « Les riches fuient la France »

Selon le rapport du sénateur Philippe Marini, 649 personnes redevables
à l'ISF ont quitté la France en 2005. Soit deux par jour. À ce rythme,
il faudra quand même plus de 600 ans pour que la France se vide de ses
riches. Mais pour Vincent Drezet, les motifs de départ, variables
selon les destinations, ne sont pas si évidents. « Selon une mission
du Sénat sur la fuite des cerveaux, les raisons personnelles et
professionnelles prévalent. La fiscalité arrive après. Vers la
Belgique, où l'impôt sur le revenu est plus élevé, ce sont des
entrepreneurs qui partent à la retraite et ne veulent pas être imposés
sur leurs plus-values ni payer l'ISF. Vers la City de Londres, ce sont
plutôt des jeunes couples qui s'installent pour des raisons
professionnelles. Quand ils ont des enfants, ils reviennent en France
pour bénéficier des services publics ». L'étude de Philippe Marini ne
prend pas en compte que les départs. « Combien de gens reviennent ?
Combien d'étranger s'installent ? Sur 100 000 Britanniques résidant en
France, tous ne sont pas des RMIstes ni des fraudeurs du fisc ! »,
s'agace Vincent Drezet. « Nous demandons une enquête qui soit vraiment
exhaustive ». Une telle étude dira combien de personnes s'installent
en France avec bagages et comptes en banque pour bénéficier de ses
services publics et de sa protection sociale, en partie financés par
l'impôt.

Notes :
(1) Le Snui vient d'éditer un livre : Quels impôts demain ? état de
l'impôt et réformes fiscales (Syllepse, 8€).
(2) Taux applicable aux PME dont le chiffre d'affaires n'excède pas
7,6 millions d'euros et réalisant des bénéfices inférieurs à 38 000
euros.
(3) Selon les chiffres établis par Alternatives économiques (septembre
2006) à partir des rapports annuels des entreprises.


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5. LES FRANÇAIS NE SONT PAS DES PARESSEUX !

Par Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives
Economiques (www.alternatives-economiques.fr)
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Il faudrait, parait-il, « réhabiliter la valeur travail ». Nicolas
Sarkozy en a fait le thème central de sa campagne. Il considère
manifestement que la paresse actuelle des français est la cause
principale des difficultés que rencontre le pays. Il s'agit là
pourtant d'une contrevérité qui pourrait - devrait - lui coûter
l'élection tant le propos est insultant à l'égard des 22,5 millions de
salariés, qui travaillent dur chaque jour, et des 2 millions de
chômeurs, qui aimeraient pouvoir en faire autant. Les résultats de
l'économie française ne sont pas, c'est vrai, toujours à la hauteur,
mais c'est plutôt du côté des élites économiques dirigeantes qu'il
faut en chercher les causes. Et les remèdes.

Rien n'est plus faux en effet que ce préjugé tenace d'une France
paresseuse : les salariés français figurent au contraire parmi les
plus productifs au monde. Selon les chiffres du Bureau of Labor
statistics, organisme officiel américain donc peu suspect de
socialisme militant ou de francophilie excessive, un français qui
occupe un emploi avait produit 71 900 dollars de richesses en moyenne
au cours de l'année 2005. C'est certes moins que les 81 000 dollars
produits par l'employé américain moyen mais significativement plus que
les 64 100 dollars d'un Anglais, les 59 100 des Allemands ou encore
les 56 300 dollars d'un Japonais... Et même en matière de temps de
travail, si Nicolas Sarkozy ne se contentait pas de répéter les
poncifs que lui soufflent ses amis chefs d'entreprises, il saurait que
les salariés français ne sont pas, et de très loin, ceux qui
travaillent le moins en Europe. Selon Eurostat, l'organisme
statistique officiel de l'Union, un salarié français travaillait en
moyenne 36,4 heures par semaine au troisième trimestre 2006. Contre
36,1 dans l'ex Union à 15. Les Français travaillent presqu'aussi
longtemps que les Anglais, 36,5 heures, et significativement plus que
les Danois, 34,6 heures, dont le modèle social est si envié, ou encore
que les Allemands, 34,5 heures, pourtant champions du monde de
l'exportation. Sans parler des Néerlandais qui ne restent en moyenne
que 29,8 heures au travail chaque semaine. Dans l'ex Europe à 15,
c'est en Grèce, 39,9 Heures, et au Portugal, 39,2 heures, qu'on
travaille le plus longtemps. Rattraper la Grèce et le Portugal, est-ce
cela l'ambition de Nicolas Sarkozy pour l'économie française ?

Si, à niveau de richesses comparable, le chômage est plus important
chez nous que chez nos voisins, c'est justement parce que ceux qui ont
déjà un emploi sont particulièrement productifs. C'est la raison pour
laquelle d'ailleurs la démarche des 35 heures était parfaitement
censée. Et c'est pour la même raison, qu'en cherchant à allonger le
temps de travail de ceux qui ont déjà un emploi, Nicolas Sarkozy ne
ferait qu'aggraver le chômage. Quant aux chômeurs, soupçonnés de se
complaire dans leur situation, il serait pourtant difficile de les
pénaliser davantage qu'aujourd'hui afin de les obliger à trouver un
emploi : les chômeurs français figurent déjà parmi les plus mal
traités. En 2003, 10 des pays de l'ex Union à 15 dépensaient, en
effet, davantage que la France pour indemniser leurs chômeurs,
rapporté à leur PIB. Jusqu'à 2,7 fois plus par chômeur pour le
Danemark ou les Pays Bas, mais aussi un peu plus pour le Portugal...

Contrairement à ce que sous entend le candidat de l'UMP, les salariés
français ne sont donc pas des paresseux ni les chômeurs de l'Hexagone
des profiteurs. Pour autant, il ne fait guère de doutes que les
entreprises françaises rencontrent des difficultés importantes. Elles
sont souvent à la peine sur les créneaux High tech en expansion et
s'en sortent, en particulier, nettement moins bien sur le marché
mondial que les entreprises allemandes. Et cela bien que le travail
soit sensiblement plus cher Outre Rhin : 33 dollars de l'heure en 2005
pour un ouvrier de l'industrie contre 24,6 en France selon les
chiffres du BLS. Si la paresse des salariés n'est pas en cause, ni le
coût de leur travail, est-ce que les raisons de ces difficultés ne
seraient pas à chercher plutôt en priorité du côté de la tête des
entreprises ? Du côté de la faible qualité de leurs dirigeants et de
l'inefficacité de leurs modes de gestion ? Quand on observe, par
exemple, le gigantesque gâchis que l'incurie d'un Arnaud Lagardère,
actionnaire de référence, combinée à la soif de pouvoir d'un Noel
Forgeard a provoqué au sein d'Airbus, on se dit en effet que c'est
surtout au niveau de ses élites économiques, de leur recrutement et de
leurs habitudes de fonctionnement, que l'économie française aurait
besoin d'une « rupture ». Mais évidemment il est plus naturel pour
l'ancien maire de Neuilly, qui a recueilli un pourcentage record de 73
% des voix dans sa commune, de chercher à culpabiliser salariés et
chômeurs plutôt que de bousculer ses amis patrons...


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6. L'EUGENISME AU SERVICE DU LIBERALISME

Par Jacques Testart, membre du Conseil scientifique d'Attac, directeur
de recherches à l'INSERM. Article publié dans Le Monde, 19 avril 2007
(www.lemonde.fr)
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Avant de s'illustrer récemment dans la rubrique "eugénisme" aen
affirmant le caractère inné de certains troubles de conduite, Nicolas
Sarkozy affichait son ostracisme à l'égard des immigrés. Pourtant, ce
serait une erreur de croire que Sarkozy est d'abord raciste, il est
viscéralement ultra-libéral. Là où les attardés de la France profonde
s'entêtent à séparer le bon sang du sang étranger, Sarkozy,
porte-parole de la "droite décomplexée", ne juge les hommes que par
leur utilité. Sa loi relative à l'immigration et à l'intégration
promulgue l'étiquetage de produits humains venus d'ailleurs, parce
qu'il est de bonne pratique économique de qualifier les ingrédients de
la machine à produire, afin de valider la planification pour obtenir
la compétitivité.

De même, l'égalité des chances et la discrimination positive induiront
davantage de concurrence entre de nombreux postulants à
l'exploitation, et la carte de séjour temporaire indiquant la raison
retenue pour importer chaque étranger est une façon enfin sérieuse de
gérer le capital humain : les scientifiques ou footballeurs acceptés à
l'import dans la case "compétences et talents" mériteront bien une
carte de trois ans renouvelable "pour le développement et le
rayonnement de la France".

Bien sûr, la stratégie de prise du pouvoir peut aussi amener à faire
plaisir aux électeurs sensibles à la démagogie anti-immigrés. Mais ces
concessions tactiques cachent la philosophie de libre concurrence qui
fonde le projet de société de Sarkozy. Car, au-delà des niaiseries
racistes, les carences innées ou acquises sont à risque économique si
elles créent des handicaps ou des dysfonctionnements qui entravent la
compétitivité.

Finies les sottises criminelles en vogue au siècle dernier sous le nom
d'eugénisme. Les tolérances de Sarkozy pour les communautarismes
religieux montrent qu'il ne hiérarchise pas les héritages culturels.
Et si les femmes sont encore moins bien rétribuées que les hommes,
c'est la rançon de pesanteurs historiques aujourd'hui indéfendables.

Ainsi, l'ultralibéral accepte l'égalité biologique entre catégories
humaines parce qu'elle multiplie les occasions compétitives en jetant
dans le même sac (le même marché) tous les sexes, races, origines. En
revanche, la proclamation d'inégalités innées entre individus d'une
même catégorie permet de justifier les échecs, malgré tous les efforts
d'un pouvoir bienveillant et démocratique...

C'est une des pesanteurs de la social-démocratie que de fonctionner
avec le même moteur libéral et le même carburant scientiste que le
capitalisme, mais sans avoir ni le goût ni l'audace d'assumer les
exclusions...

Par là s'explique peut-être la relative passivité qui a accueilli les
propos récents de Nicolas Sarkozy sur le caractère inné de certains
comportements. Des responsables politiques de gauche se sont
débarrassés du vilain bébé eugénique en le remettant aux
scientifiques. Comme si l'enjeu était de démontrer une vérité
définitive plutôt qu'affirmer des convictions pour une société capable
de gérer humainement les différences.

Grâce à la science on pourra faire mieux dans l'identification et la
sélection. Selon le souhait du gouvernement où siégeait Sarkozy on
pourrait connecter ensemble tous les fichiers informatisés pour
accéder à des éléments de la vie privée que le travailleur ou le
chômeur auraient préféré dissimuler. Mais voilà que l'informatique se
marie avec la génétique : Google veut créer une base de données qui
mettrait en ligne toute l'information disponible sur les génomes pour
l'avènement de "la médecine personnalisée", laquelle permettrait à
chacun de gérer son existence en fonction de son capital génétique...
et aussi à chaque employeur d'évaluer "scientifiquement" son
personnel.

"Immigration choisie"

Nous n'en sommes qu'à l'"immigration choisie" mais, comme prévu il y a
un demi-siècle par le généticien progressiste Hermann Muller (Prix
Nobel en 1946), "l'eugénisme de la société future, libéré des
traditions de caste, d'esclavage, de colonisation, pourra être une
eugénique véritable et radicale". Comme à Singapour où on récompense
le mariage entre diplômés aussi bien que la stérilité des couples sans
diplômes. Comme en Europe où, encore récemment, la stérilisation
forcée ne visait pas tant la dissémination d'une "tare génétique" que
l'incapacité du porteur à "assurer la subsistance de ceux qu'il
pourrait engendrer".

Le philosophe américain Peter Singer a tiré profit des récentes
connaissances génétiques : puisqu'il y aurait davantage de différences
entre le génome d'un trisomique et celui d'un homme "normal" qu'entre
le génome du même homme et celui d'un chimpanzé, il faudrait utiliser
des "mongoliens" plutôt que des singes dans l'expérimentation... Le
futur des hommes sans qualités s'illumine avec les propositions des
"transhumanistes" pour enrichir le corps humain en nanoprocesseurs
afin d'"optimiser" les performances du muscle ou du cerveau.

Le message d'Hermann Muller est en bonne voie pourvu qu'on ne perçoive
pas l'eugénisme par la lunette étroite du racisme ou de
l'antisémitisme : dès qu'on saura produire les oeufs humains en
abondance et sans instrumentaliser les femmes, le tri des pontes au
laboratoire sera intensifié pour la sélection du meilleur bébé
possible. Cette mise en compétition de leurs embryons permettra à
chaque couple, et hors de toute suspicion de racisme, de remplir
efficacement la case sarkozienne "compétences et talents"... avec
confirmation grâce à des tests pratiqués dès l'âge de 3 ans.

La "cérémonie d'accueil dans la citoyenneté", baptême tardif
aujourd'hui exigé pour les immigrés élus, fera alors place au combien
plus précoce et scientifique Diagnostic génétique préimplantatoire
(DPI), concours médical d'entrée dans la jungle compétitive. Et ce tri
biologique promettra encore l'égalité des chances pour tous les
géniteurs, quelle que soit leur origine.

Décidément, le libéralisme économique est bien l'ennemi de
l'humanisme, et le scientisme est toujours son allié.


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7. OGM : UN MORATOIRE A PORTEE DE MAIN

Par Aurélien Bernier, animateur de la commission OGM d'Attac France, 4
avril 2007
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Dans l'immense travail mené par les associations sur le dossier des
OGM, la valeur ajoutée d'Attac a été de démontrer à quel point ces
organismes constituent de puissants outils générateurs de profit au
service des multinationales. Avant de s'attaquer à leur
commercialisation, celles-ci ont en effet réalisé un véritable tour de
force : faire accepter par le législateur l'idée qu'une semence
transgénique pouvait faire l'objet d'un dépôt de brevet ! Dès lors, la
ruée des firmes agrochimiques vers les manipulations génétiques était
lancée. Ces brevets ouvraient des possibilités sensationnelles pour
Monsanto et ses homologues : faire signer des contrats aux
agriculteurs pour leur interdire de semer du grain issu de leur
récolte, imposer l'achat de produits de traitement vendus par eux et
non par la concurrence, … jusqu'à faire passer la contamination
génétique pour un vol de brevet (1).
Alors que nous défendons la recherche d'autonomie pour les paysans au
travers d'une agriculture respectueuse du lien social et de
l'environnement, cette technologie conduit au contraire à une
dépendance redoutable.
Se battre contre les plantes génétiquement modifiées, c'est donc se
battre avant tout contre une logique économique.
Mais il n'en reste pas moins que, face aux risques de contamination
galopante des systèmes agraires traditionnels, nous nous devons de
gagner cette lutte emblématique contre les OGM très rapidement. Or,
les victoires à court terme ne sont possibles qu'en nous appuyant sur
le droit en vigueur, avec un souci d'efficacité maximum.

Dans l'Union européenne, la dissémination des OGM est encadrée par la
directive 2001/18. Ce texte est largement critiquable, puisqu'il part
du principe que les OGM ont « droit de coexistence » avec les cultures
conventionnelles. Mais, à la différence de la législation américaine,
il prévoit un processus d'évaluation spécifique préalable à leur
autorisation, ainsi qu'une clause – dite « clause de sauvegarde » –
permettant aux États de mettre en place des moratoires sur la base
d'éléments scientifiques « nouveaux ».
Or, cette évaluation constitue véritablement le talon d'Achille des
producteurs d'OGM, leur intérêt commercial ayant toujours été de
chercher au maximum à en faire l'économie. L'Union européenne, comme
on le sait très sensible aux lobbies industriels, a mis en place un
système qui relève purement et simplement de la supercherie. En
laissant aux firmes qui souhaitent commercialiser une variété le soin
de mener toutes les études d'impact – qui par ailleurs ne comprennent
aucun test d'innocuité sur le long terme – et en confiant à des
comités d'experts fortement liés aux industriels le fait d'émettre les
avis officiels (2), elle fait un cadeau inespéré aux multinationales.
C'est ainsi que l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA)
a autorisé récemment un maïs transgénique, le MON863, à partir de
données qui montraient des lésions chez les populations de rats
nourries avec cet OGM dans des proportions anormales (3).

Un tel laxisme fait non seulement désordre dans l'opinion publique,
mais il est aussi périlleux d'un point de vue juridique. Puisque les
critères de la directive ne sont même pas appliqués, puisque le
processus d'autorisation montre des défauts incroyables, et puisque
des doutes apparaissent quant à la sécurité sanitaire et
environnementale de ces produits, leur commercialisation est donc
contestable.
C'est le raisonnement que l'Autriche a adopté, et qui s'est révélé
tout à fait concluant. Au mois de décembre 2006, le Conseil des
Ministres de l'environnement, contre l'avis de la Commission, a voté
le maintien du moratoire que ce pays avait adopté sur les variétés de
maïs transgénique autorisées en Europe. Pour la première fois, les
États admettaient le bien fondé et la légalité d'une telle mesure. La
Hongrie ne fut pas longue à suivre l'exemple. Le 20 février 2007, elle
obtenait une décision du Conseil identique et pouvait réellement se
dire « zone sans OGM ».

Il s'agit là d'un tournant considérable, puisqu'après dix années de
lutte, nous venons d'obtenir une première victoire politique et
juridique de taille. Reste maintenant à la dupliquer, notamment en
France. Les cultures commerciales de maïs transgénique, pourtant
autorisées depuis 1998, sont restées inexistantes dans l'hexagone
jusqu'au printemps 2005, quand environ 500 hectares ont été semés. En
2006, les surfaces se sont étendues à près de 5 000 hectares, et le
pire serait à venir pour 2007 : entre trois et dix fois plus.
L'explosion annoncée des cultures d'OGM s'explique par le fait que
jusqu'alors, les coopératives françaises ne vendaient pas de semences
génétiquement modifiées, et que les agriculteurs devaient
s'approvisionner en Espagne. Cette année, des coopératives comme
Euralis ont annoncé leur intention de franchir le pas et de distribuer
des variétés transgéniques. Ce moratoire national, qu'il est possible
d'instaurer en France dès aujourd'hui, n'a donc jamais paru aussi
nécessaire et urgent.
Les associations investies dans le combat contre les OGM dans
l'alimentation et dans les champs se sont réunies immédiatement après
les premières décisions autrichiennes et hongroises pour définir une
stratégie. Le mot d'ordre commun s'est dégagé rapidement : la France
doit devenir le troisième pays à adopter un moratoire. Pour y
parvenir, une campagne d'envergure devait être lancée sans attendre,
et le procès de faucheurs volontaires à Orléans les 26 et 27 février
2007 constituait une excellente occasion. Pendant deux jours, plus de
250 délégués d'associations et de collectifs ont travaillé pour
produire « l'Appel d'Orléans pour un printemps sans OGM ». Ce texte,
qui explicite nos revendications, sert de pétition pour recueillir un
maximum de signatures de citoyens et d'élus afin de peser dans le
débat électoral à quelques semaines du scrutin présidentiel… et des
semis de maïs. Un site a été créé pour recueillir et compter ces
prises de position (www.moratoireogm.fr). Une semaine après le
lancement de cette campagne, nous affichions déjà plus de 10 000
signatures. Au début du mois d'avril, la barre des 40 000 est
quasiment atteinte. Pour relayer localement la mobilisation, les
collectifs multiplient les initiatives : interpellation des élus,
information des citoyens, manifestations, actions de jeûne ou de grève
de la faim.

Jusqu'à présent, le gouvernement est resté sourd aux demandes des
associations, allant jusqu'à publier le 20 mars dernier des décrets
qui donnent un cadre légal aux cultures d'OGM qui risquent d'être
implantées en 2007. Mais une telle mesure, prise à la hussarde, permet
simplement de gagner un peu de temps. Le nouveau pouvoir en place au
mois de juin devra en effet transcrire intégralement la directive
2001/18 et s'attaquer enfin à trois questions particulièrement ardues
: la coexistence (comment préserver les cultures traditionnelles des
pollutions génétiques ?), la responsabilité (qui sera responsable en
cas de préjudice ?), et, encore et toujours, le dispositif
d'évaluation. Trois questions qui, si l'on veut bien y répondre avec
le souci de l'intérêt collectif, amènent inévitablement à maintenir
les OGM en milieu strictement confiné. Les candidats à la
présidentielle l'ont bien compris, puisque seul le représentant de
l'UMP, Nicolas Sarkozy, refuse à ce jour de prendre position contre
les disséminations.

Nous avons donc toutes les raisons de croire que nous arriverons à
obtenir ce moratoire français si le mouvement se poursuit, et, sur ces
bases, à conquérir un nouveau moratoire européen. Certes, de telles
mesures ne sont pas définitives. Elles sont des interdictions
temporaires en attendant que… Mais le fait de s'appuyer sur la
question de l'évaluation et de porter des exigences rigoureuses
revient à mettre en place des clauses de sorties impossibles à
satisfaire. Avec un minimum de sérieux, c'est-à-dire en appliquant à
la lettre les annexes de la directive 2001/18, les tests nécessaires
pour commercialiser une variété OGM prendraient sans doute une dizaine
d'années, et se rapprocheraient des procédures d'homologation de
médicaments. Autant dire que leurs promoteurs perdraient d'un coup
tout intérêt économique à les mettre au point.

Notes :
(1) « Quand le piège des OGM se referme », Commission OGM d'Attac,
http://www.france.attac.org/spip.php?article2206
(2) Conférence de presse organisée par la coordination des députés
Attac de l'Assemblée nationale, le mardi 4 février 2003 :
http://www.france.attac.org/spip.php?article1780
(3) http://www.criigen.org/


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8. LES ENJEUX INTERNATIONAUX DE LA PRESIDENTIELLE

Par Aurélie Trouvé, Jean-Marie Harribey, co-présidents d'Attac.
Article paru dans L'Humanité (www.humanite.fr), le 2 mai 2007
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N'est-il pas paradoxal, alors que la mondialisation est au centre de
toutes les conversations, que les enjeux internationaux et européens
aient été quasiment absents de la campagne électorale ?

Le (la) président(e) de la République participera, dès son élection, à
deux événements majeurs. Le prochain G8, en Allemagne, début juin. Et,
fin juin, à Bruxelles, le dernier Conseil européen sous la présidence
allemande. Le(a) président(e) avalisera-t-il(elle) la déclaration
commune, adoptée lors du cinquantenaire de l'Union, qui ignore les
peuples d'Europe ?

Pour relever les défis sociaux et écologiques, deux perspectives
d'avenir doivent être dessinées. La première est une rupture radicale
avec l'ordre néolibéral pour faire échec au processus de
marchandisation des activités humaines qui ne peut qu'aggraver le
délitement des sociétés et la mise en coupe réglée de la planète. Car
la libéralisation du mouvement des capitaux, qui a donné le coup
d'envoi de la mondialisation financière, a entraîné avec elle l'envol
des dividendes, l'aggravation des inégalités, la précarisation de
l'emploi, le démantèlement des services publics et de la protection
sociale, et l'accélération des dégradations écologiques. L'Accord
général sur le commerce des services (AGCS) et l'Accord sur les
aspects des droits de propriété intellectuelle liés au commerce
(ADPIC), négociés au sein de l'OMC, sont des machines de guerre contre
les services publics et la libre circulation des connaissances, et
tendent à interdire toute protection face au dumping social, au
dumping fiscal et aux risques sanitaires.

L'urgence commande que les pays pauvres préservent leur souveraineté
alimentaire, rendue de plus en plus difficile par les politiques de
subventions des pays riches à leurs propres exportations agricoles, et
qui serait irrémédiablement condamnée si les plantes génétiquement
modifiées se répandaient. Il devient vital également que soient
déclarées inaliénables l'eau, le vivant et toutes les ressources
épuisables, ainsi que les connaissances sur lesquelles ne doit peser
aucun brevet qui en rendrait l'utilisation impossible par les pays
pauvres, déjà accablés par une dette que personne ne se résout à
annuler véritablement.

La seconde perspective est d'esquisser une régulation mondiale
démocratique des grandes questions qui concernent l'ensemble de
l'humanité. Le contrôle des citoyens doit faire irruption dans la
reconstruction de la démocratie de bas en haut : en bas, en inventant
des structures de délibération et de décision où pouvoirs et
contre-pouvoirs s'affrontent et aussi se complètent ; en haut, en
ébauchant la régulation mondiale qui deviendra de plus en plus
nécessaire pour gérer la globalité du monde. Aux règles imposées par
les marchés financiers, nous opposons une régulation par les droits
humains qui doivent l'emporter sur le droit de la concurrence et le
profit. Sait-on par exemple que beaucoup de conventions de l'OIT ne
sont pas seulement bafouées dans les pays « à bas salaires », mais
aussi dans les pays riches, dont la France qui, avec son contrat
nouvel embauche, contrevient à la convention n° 158, et où un discours
convenu sur la « valeur travail » est tenu par les démolisseurs du
travail et des droits sociaux ?

Puisque la libéralisation du mouvement des capitaux a déterminé la
mondialisation actuelle, il faut instaurer, et cela dès l'échelon
européen, des taxes sur toutes les transactions financières et un
impôt unique sur les bénéfices des entreprises multinationales. Il n'y
aura en effet pas de protection des biens communs de l'humanité,
notamment le climat, sans fiscalité internationale.
Comme l'Union européenne s'est inscrite dans le modèle néolibéral
mondial, seize Attac d'Europe viennent de signer une déclaration
intitulée « Vers une refondation de l'Union européenne : Les 10
principes d'Attac pour un traité démocratique ». Celle-ci propose
qu'une assemblée soit élue par les citoyens afin d'élaborer un nouveau
traité démocratique pour l'UE, qui sera ensuite soumis à un référendum
dans tous les pays. L'Europe doit être rebâtie sur une double
légitimité, l'une conférée par les citoyens européens qui
construiraient, par leur intervention, l'espace de souveraineté qui
fait défaut aujourd'hui, l'autre provenant des peuples qui s'incarnent
dans des États-nations. Ces derniers ne disparaîtront pas car ils
demeurent des lieux de régulation démocratique proches, alors que les
tenants de la mondialisation néolibérale ne les conçoivent que comme
des agents d'exécution des ordres du marché. Tel est le sens aussi du
Manifeste altermondialiste qu'Attac vient de publier : l'Europe doit
être au service du droit et de la paix et non se comporter en
puissance agressive gérant au mieux les intérêts d'une minorité
privilégiée.

A França depois do 6 de Maio

A França depois do 6 de Maio
O resultado em si já não tinha surpresas. Todas as sondagens o tinham previsto. Sarkozy tomará posse em breve. De imediato, os seus primeiros 100 dias terão de estar sob o escrutínio da esquerda. Vai ser necessária uma mobilização ampla e permanente. O candidato que disse num dos seus últimos discursos de campanha que era necessário “acabar com a herança de Maio 1968 e virar essa página”, propõe-se, na realidade, ir bem mais longe. A limitação do direito à greve, a revisão do código de trabalho, a introdução de penas para jovens entre 16 e 18 anos (só se forem reincidentes!), a alteração das regras do reagrupamento familiar, são “apenas” algumas das medidas emblemáticas do seu programa.
O seu discurso de vitória foi elucidativo: foi uma vitória “da democracia real, do trabalho e da autoridade”. Assegurou aos “amigos americanos” que a França estaria a seu lado, embora “a amizade seja aceitar que haja opiniões diferentes”, apelou aos EUA para não se oporem, antes liderarem, a luta contra o aquecimento global; piscou o olho aos parceiros europeus, afirmando que a União Europeia não podia ser vista como um cavalo de Tróia dentro de cada um dos países e voltou a falar da União Mediterrânica. Apelou a todos os africanos para vencerem a pobreza, a fome e a doença (!). E afirmou que queria uma política de desenvolvimento ambiciosa e uma política de imigração controlada. Mas foi também arrepiante (e indicador do que vem a seguir): declarou que a França estaria ao lado de todas as mulheres vítimas de opressão, daquelas que são obrigadas a usar a burka, etc. Quando a direita musculada usa o discurso da luta contra a opressão das mulheres, só podemos desconfiar! Na realidade, toda a postura de Sarkozy parecia mais uma verdadeira declaração de guerra interna às comunidades imigrantes.

Do lado dos socialistas, o ajuste de contas começou a fazer-se, bem como a disputa sobre quem vai liderar o processo das legislativas que terão lugar a 10 de Junho. Dominique Strauss-Kahn afirmou que as eleições foram perdidas na 1ª volta, porque Ségolène não tinha sido capaz de renovar. Laurent Fabius disse que a bandeira da esquerda estava no chão e que era preciso levantá-la. Pela sua parte, Ségolène apelou a uma refundação social-democrata. para além das clivagens tradicionais, numa tentativa de voltar a estender a mão a F. Bayrou, uma estratégia que, como se viu, não parece ter dado os melhores resultados.

Os próximos meses vão ser muito importantes: não se trata apenas de saber quem ganhará as legislativas, mas sobretudo que forças sociais e políticas serão capazes de se mobilizar contra as medidas de Sarkozy.

É imprescindível uma esquerda que lhes faça face, que seja agregadora, combativa, que vá à luta e não uma esquerda que apenas resista, porque foi derrotada.

Por Alda de Sousa, dirigente do Bloco de Esquerda

in http://www.esquerda.net.

6 mai 2007

Dan Inger, Le Quatrième

http://www.myspace.com/daninger

Concert le 26 juin au Sentiers des Halles à 20 h


50 rue d’Aboukir 75002 Paris

Billets sur les réseaux FNAC et TICKETNET.

10 € pré-vente / 12 € sur place

Infos et réservations : 01.42.61.89.96

Si le Rock n’ Folk à la française hante aussi bien sa guitare acoustique, que ses deux premiers disques, pour son troisième album intitulé «Atlânticoblues», Dan Inger se tourne, avec ses nombreux invités ( Lio, J.Luc Reichmann, Bévinda…), vers les sonorités chaudes des pays lusophone et un grand quotidien le surnomme au Portugal «Le porteur de la flamme du Lusoblues». Dan partage les scènes de Bill Deraime, Little Bob, Dulce Matias, Jimmy Tittle, croise les routes de Patrick Verbeke et Rui Veloso. Scènes: Club Med World (Paris), Festival Blues en V.O. (France), L’Inouï (Luxembourg), O Chiado (Lisbonne)..........

Contact Daniel : 06 83 14 68 58

www.daninger.com www.alicemachado.com

25 avr. 2007

Et pendant ce temps, vu du Portugal...

Presidenciais francesas: a 2ª volta do tratado?

Vejamos como José Manuel Fernandes analisa as eleições francesas no seu Editorial de hoje no Público: "Alívio: o resultado mais importante das eleições francesas de ontem foi a derrota relativa de Le Pen. A temida surpresa não se concretizou. A "normalidade" regressou, o que também passou pela redução à expressão mínima da votação nos partidos da extrema-esquerda. O voto de protesto ou o voto anti-sistema ficou muito aquém do que sucedera em 2002, o que em si mesmo é um bom sinal - um sinal de bom senso depois desse choque e do "não" no referendo europeu."
É claro que a derrota de Le Pen foi um alívio. Um enorme alívio. Mas na realidade já era mais previsível do que a surpresa de 2002. Todas as sondagens apontavam para essa descida. Que se deveu a (pelo menos) dois factores em simultâneo: um aumento muito substantivo da percentagem de votantes (85% vs os 72% na 1ª volta de 2002), mas também a uma clara absorção por Sarkozy de parte do discurso que tinha dado essa expressão eleitoral a Le Pen em 2002. Uma parte significativa do eleitorado de Le Pen reconheceu-se em pleno nessa direita musculada que chamou de "escumalha" os habitantes do subúrbio de Argenteuil na crise das periferias em Novembro de 2005. Le Pen perdeu cerca de um milhão de votos em relação a 2002.

Mas o que regozija José Manuel Fernandes é também que a "normalidade" se tenha instalado, ou seja, que Sarkozy e Ségolène tenham tido, em conjunto, 57% do eleitorado, enquanto que, em 2002, Chirac e Jospin apenas tinham conseguido alcançar 36%.

É verdade que, em conjunto, os votos à esquerda do PS desceram em relação a 2002. O PCF tem um resultado de menos de 2%, o mais baixo de sempre. Apenas Olivier Besancenot sobe significativamente, tendo conquistado quase mais 300.000 votos que em 2002. É claro que houve um "voto útil" massivo em Ségolène, não só por causa do susto de 2002, em que o candidato do PS, Jospin, não foi à 2ª volta, como também porque Ségolène, embora defensora das políticas neoliberais, aparece também como uma nova oportunidade, menos comprometida com o PS do passado, com as suas rotinas e os seus escândalos de governação ou de presidência.

Mas quer José Manuel Fernandes queira ou não, estas eleições presidenciais não eram exactamente um novo referendo europeu. Ou seja, o resultado do referendo de 2005 não pode ser esquecido e varrido pelo facto de ontem terem passado à 2ª volta dois candidatos defensores do Tratado. O que estas eleições também demonstram é que a esquerda social e a esquerda política podem ter expressões diferentes: é certo e seguro que votaram em Ségolène muitos e muitas dos que, em 2005, tinham dito "não" ao neoliberalismo plasmado no tratado constitucional.

Parece difícil de acreditar que o discurso ziguezagueante proferido ontem à noite por Ségolène a possa levar à vitória. No entanto, é essencial derrotar Sarkozy a 6 de Maio.

Neste país chave da construção europeia, que há cerca de 2 anos derrotou nas urnas o tratado constitucional redigido por Giscard d' Estaing, o candidato Sarkozy sugere que se reescreva uma nova versão (mini), do Tratado que possa dispensar o seu referendo; ao contrário, Ségolène promete uma nova consulta popular no caso de ganhar as eleições. Nos próximos anos, o futuro da construção europeia também vai passar por aqui.

Alda Sousa

Dirigente do Bloco de Esquerda

in Esquerda.net (http://www.esquerda.net/index.php?option=com_content&task=view&id=2598&Itemid=46)

Duel in France


Il paraît que Sarko ne cherche pas à influencer Bayrou, pour que celui-ci le soutienne, il dénonce aussi les "manoeuvres politiciennes d'arrière-cour de Ségolène Royal, qui rappellent la IIIème République"...
Non, c'est vrai, Sarko ne demande pas l'appui de Bayrou. il préfère d'autres méthodes: intimider les députés de l'UDF, qui ont été élus souvent grâce à l'appui de l'UMP, leur promettant une mort politique certaine, s'ils suivent la Gauche au second tour des Présidentielles.
Et comment pourrait-on qualifier cette démarche chez un -peut-être- futur Président de la République Française?

24 ou 25 de Abril

24 ou 25 de Abril


Ao completar 33 anos, o 25 de Abril de 1974 atingiu já a plena maturidade e entrou, por direito próprio, nos anais da História: não apenas como o acontecimento maior do século XX português e uma das nossas datas mais significativas de sempre, ao encerrar o ciclo do império, mas também pelo seu alcance universal e precursor da queda de várias tiranias. É sempre exaltante recordar o poema inigualável de Sophia: “Esta é a madrugada que eu esperava – O dia inicial inteiro e limpo – Onde emergimos da noite e do silêncio – E livres habitamos a substância do tempo”.

Não tenho dúvidas de que, no final deste novo século, o 25 de Abril será evocado como um marco da nossa modernidade e a miserável ditadura de 48 anos que o precedeu como um triste intervalo entre o despertar republicano e os novos patamares de cidadania e justiça social. O fascismo, feroz ditadura monopolista, agrária e financeira, representou a tentativa desesperada de agrilhoar este nobre mas pobre povo aos lastros mais negativos da sua História: a Inquisição, o patrioteirismo e o chauvinismo colonial, sob o lema “orgulhosamente sós”.

Há quem tente explorar as lacunas da memória e a ausência de persistente pedagogia democrática para reabilitar a ditadura e o execrável ditador Salazar. É oportuno recordar, aqui e agora, o que era a vida em Portugal, há apenas 33 anos, em áreas diversificadas.

No trabalho, em primeiro lugar. Hoje conhecemos a precariedade, as deslocalizações, a exploração patronal, a corrupção, a vigarice das fugas ao fisco e à segurança social. No tempo de Salazar não havia salário mínimo nem subsídio de desemprego, a chamada previdência não ultrapassava níveis miseráveis e abrangia um número muito restrito de trabalhadores. Quem reclamasse melhor salário arriscava-se a ser denunciado como agitador pela rede de bufos que enxameava as empresas e, se fizesse greve, podia ser preso. Escrever ou falar da exploração capitalista era um acto subversivo, enquanto meia dúzia de vampiros “comiam tudo”, encobertos pelo véu da censura.

Nas escolas vigorava um regime semi-militarizado, tutelado pela Mocidade Portuguesa, baptizada pelos jovens com a bufa. Os níveis de analfabetismo andaram muitas décadas acima dos 50% e o ditador assumia que o povo não precisava de saber mais do que “ler, escrever e contar” – mais do que isso tornava-se perigoso…. O 5.º ano liceal (actual 9.º Ano) era um luxo inacessível à grande maioria e a Universidade foi convertida numa reserva das elites. A verdade é que, sobretudo a partir da década de 60, ela se tornou num dos maiores focos de contestação política ao regime.

Face à cultura, o principal instrumento do salazarismo foi o lápis azul, a censura que tanto cortava um artigo de jornal, como proibia uma peça de teatro ou colocava livros no índex. O regime teve os seus comissários políticos, como António Ferro, usando o SNI para corromper e chantagear parte da intelectualidade. Mas a esmagadora maioria dos criadores artísticos afirmaram-se apesar da e contra a censura, refinando o seu talento. O neo-realismo foi a expressão máxima mas não única desta resistência cultural diversificada que cantou, com Zeca Afonso, a aurora da Liberdade.

As autarquias locais, hoje consideradas como o primeiro pilar da vida democrática, são também e por isso mesmo, alvo da crítica e da contestação popular, algo tão natural como o acto de respirar. Há apenas 33 anos, as Câmara e Juntas de Freguesia eram pura e simplesmente nomeadas pelo governo. O mero recenseamento eleitoral obrigava a oposição a campanhas esforçadas que enchiam páginas de relatórios dos legionários e pides, encastelados nas Juntas de Freguesia. Os mesmos que, de camioneta, iam votar em dezenas de mesas, prodigalizando “chapeladas” eleitorais como o roubo da vitória a Humberto Delgado, em 1958. Em Abril 1974 estavam recenseados menos de 1 milhão de portugueses; um ano depois, quase 7 milhões (mais de 91%) elegeram a Constituinte!

Mas o fascismo foi, acima de tudo, um regime de morte: desde a mortalidade infantil – na qual passámos da cauda da Europa para números que hoje não nos envergonham – até aos assassinatos de Humberto Delgado, Catarina Eufémia e de milhares e milhares de vítimas anónimas. Mais de 10 mil soldados portugueses e um número incalculável de patriotas africanos, imolados na fogueira da guerra colonial, foram o último testemunho de um regime sepultado pela História.

É impossível comparar os horizontes de escravos e de homens livres e, assim, sempre insatisfeitos. Por isso, quando dizemos “25 de Abril Sempre!”, estamos apenas a abrir as portas ao futuro.

Alberto Matos – Crónica semanal na Rádio Pax – 24/04/2007

22 avr. 2007

25 de Abril sempre!

Elections présidentielles françaises

Grande participation des électeurs, Sarko contre Ségo au deuxième tour: mais alors, quel espoir devant la férocité de l'ultra-libéralisme, quand la cause du peuple n'existe que dans le discours et sonne si faux, notamment dans la bouche de Monsieur Sarkozy admirateur des ultra-conservateurs religieux américains, et n'est que le prétexte d'une ambition personnelle démesurée?

Courriel d'Attac

COURRIEL D'INFORMATION ATTAC (n°568)

Vendredi 20/04/07
Merci de faire circuler et de diffuser largement.

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Dans ce numéro

1.- LA FACE CACHÉE DU CO-DÉVELOPPEMENT
Par Nicolas Sersiron, vice-président du CADTM France
(http://www.cadtm.org) et Damien Millet, président du CADTM France,
auteur de L’Afrique sans dette, CADTM/Syllepse, 2005.

2. - LA BANQUE MONDIALE CONTRE L’EDUCATION AU NIGER
Par Moussa Tchangari, directeur de l’Association Alternative Espaces
Citoyens, basée à Niamey au Niger. (http://www.alternatives.ca)

3.- DÉCLARATION FINALE DU FORUM SOCIAL DU BURKINA

4.- DÉCLARATION DE NYÉLÉNI

5.- APRES LA GUERRE, LA PRIVATISATION DU PÉTROLE ?
Par Adam Novak (Alternatives Quebec).

6.- DE LA CENSURE ET DE L’INFORMATION À DESTINATION DU PEUPLE
Par Denis Robert, écrivain

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1.- LA FACE CACHÉE DU CO-DÉVELOPPEMENT
Par Nicolas Sersiron, vice-président du CADTM France
(http://www.cadtm.org) et Damien Millet, président du CADTM France,
auteur de L’Afrique sans dette, CADTM/Syllepse, 2005.
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Chez les principaux candidats à l’élection présidentielle française,
l’expression fourre-tout du « co-développement » fait florès. Pourtant,
le terme est particulièrement discutable : en quoi ce co-développement
diffère-t-il de l’aide au développement, qui appartient elle-même à la
pensée néocoloniale ? Car comme l’a écrit l’historien burkinabè Joseph
Ki-Zerbo : « On ne développe pas, on se développe. » Les peuples
africains sont privés de leurs propres richesses au profit d’une
minorité qui s’enrichit démesurément, tant au Nord que sur le continent
noir, et toute forme de développement est impossible dans ces conditions.

La plus belle ambition internationale d’un candidat à l’élection
présidentielle française ne serait-elle pas de permettre aux populations
africaines d’enclencher le développement qu’elles auraient elles-mêmes
choisi, en faisant en sorte que, débarrassées du fardeau de la dette,
elles disposent enfin des leviers de décision ? Dans ce cas, seulement
pourront émerger un réel espoir d’une vie meilleure dans leur pays et la
dignité qui leur est refusé depuis des siècles. Les solutions pour
permettre aux peuples du Sud de construire un avenir plus juste sont
connues.

L’annulation immédiate de toutes les dettes extérieures publiques, dont
une grande part est illégitime et odieuse, rendrait possible la fin de
la domination subie avec une si grande violence par les populations
africaines, notamment les plus démunies. Asphyxiés par le remboursement
de la dette, qui représente très souvent plus du tiers du budget, et par
la captation des richesses par des dirigeants peu scrupuleux au service
des grandes puissances, les Etats africains sont donc privés des moyens
financiers de garantir les droits humains fondamentaux pour leurs
populations.

Un audit des créances de la France sur ces pays, réalisé par le
gouvernement français avec la participation des mouvements sociaux,
permettrait de savoir à qui ont profité les sommes prêtées. Celles ayant
servi à corrompre des dirigeants africains (et à rétro-corrompre
certains responsables politiques français), à réprimer des populations
en quête de justice et de démocratie, à enrichir des sociétés
transnationales ou à élaborer des projets pharaoniques pour le profit de
dirigeants mégalomaniaques et d’entreprises amies soutenues par la
France sont nulles et non avenues d’un point de vue juridique.

Les paradis fiscaux sont au cœur du dispositif, permettant une évasion
facile de capitaux ainsi soustraits à l’impôt, ici comme ailleurs. Des
centaines de milliards de dollars, qu’ils aient été acquis illégalement
ou non, sont dissimulés dans ces trous noirs de la finance qui sont
moralement injustifiables. Ces paradis fiscaux sont à nos portes
(Monaco, Andorre, Luxembourg, Suisse, City de Londres et tant d’autres)
et le gouvernement français peut très facilement, si la volonté
politique existe, porter le combat contre ce scandale qui dépossède la
majorité des humains.

La France, quatrième actionnaire de la Banque mondiale et du FMI,
pourrait utiliser son pouvoir au sein de ces institutions pour placer
ces questions au cœur du débat public et promouvoir un changement
radical de ces deux institutions-clés, au bénéfice des plus démunis.
Actuellement, les conditionnalités qu’elles imposent à ces pays
empêchent les Etats du Sud de mener une politique orientée vers
l’amélioration des conditions de vie de leurs populations. Cette forme
de colonisation économique, qu’on a osé appeler « bonne gouvernance » et
dont les dirigeants du Sud sont complices, prend différentes formes qui
frappent de plein fouet les populations pauvres :

- l’ouverture des frontières aux sociétés transnationales qui
s’approprient une grande part des richesses naturelles africaines et
rapatrient leurs bénéfices en ne laissant en Afrique qu’inégalités et
désastres écologiques. Une taxe sur les bénéfices de ces sociétés et sur
les transactions financières internationales pourrait s’attaquer aux
inégalités les plus flagrantes du modèle économique dominant ;

- le « tout à l’exportation », imposé par les créanciers, au détriment de
l’agriculture vivrière, pour rembourser cette dette dont le montant n’a
plus aucune réalité économique. Les nouveaux prêts servent le plus
souvent à rembourser les anciens… Si l’on sait que la moitié de la
population africaine vit avec moins de 2 dollars par jour, on sait moins
que 70% de ces personnes vivent dans les campagnes et sont les premières
touchées par la sous-alimentation.

- la disparition imposée de toute barrières douanières de protection pour
l’agriculture des pays du Sud alors que les productions européennes sont
largement subventionnées et particulièrement polluantes. Elles arrivent
sur les marchés africains à des prix inférieurs à ceux des productions
locales, empêchant les petits paysans – du Sud mais aussi du Nord
d’ailleurs – de vivre dignement de leur travail. La France pourrait
promouvoir à l’échelle internationale un commerce plus équitable et une
agriculture paysanne, visant avant tout à la souveraineté alimentaire de
tous les pays.

L’annulation totale et inconditionnelle de la dette des pays du Sud, un
mécanisme de répartition équitable de la richesse, la suppression des
paradis fiscaux et une autre architecture financière internationale
seraient de nobles combats pour une France qui aujourd’hui prend toute
sa part dans le puissant mécanisme d’oppression en place. Question
secondaire lors d’une campagne présidentielle, nous direz-vous ? Rien de
plus faux ! Prétendre gouverner demain la France dans le respect des
valeurs de justice reconnues par le droit international sans vouloir
rompre avec la logique néolibérale actuelle ne peut être qu’une erreur
politique majeure.

______________________________

2. - LA BANQUE MONDIALE CONTRE L’EDUCATION AU NIGER
Par Moussa Tchangari, directeur de l’Association Alternative Espaces
Citoyens, basée à Niamey au Niger. 4 avril 2006 (Article tiré du site
d’Alternatives : http://www.alternatives.ca)
______________________________

Vaste pays d’Afrique de l’Ouest, le Niger est l’une des victimes
emblématiques des politiques d’ajustement structurel conduites par les
institutions financières internationales. Sous l’impulsion de ces
dernières, la pauvreté et la misère ont enregistré un bond prodigieux en
l’espace d’une vingtaine d’années. Les services publics, que ce soit en
matière de santé ou d’éducation, ne sont plus assurés correctement.
Depuis le début des années 1980, la part des dépenses publiques
consacrées à ces secteurs ne fait que décliner, alors que le service de
la dette extérieure engloutit une part importante du budget de l’État.

À la faveur des accords d’ajustement structurel passés avec les autorités
nigériennes, la Banque mondiale est devenue l’unique maître d’œuvre de
la politique éducative du pays. L’école publique a été mise sous coupe
réglée par les experts de ces institutions et leurs acolytes locaux :
réduction de l’enveloppe des bourses et allocations aux étudiants et
élèves, privatisation des œuvres universitaires (cantine, résidence et
transport), remplacement progressif des enseignants professionnels par
des contractuels sous-payés, arrêt du recrutement des jeunes diplômés
dans la fonction publique, rehaussement des frais d’inscription des
étudiants, etc.

Aujourd’hui, deux enfants nigériens sur trois ne vont pas à l’école,
alors que 80% de la population ne sait ni lire ni écrire. Au primaire, à
peine 32% des élèves réussissent à l’examen final de fin de cycle,
tandis qu’au secondaire, sur 1000 élèves qui y entrent, à peine 160
sortent avec leur diplôme de premier cycle sans redoublement. Seul 1%
des enfants ont accès à l’enseignement préscolaire, largement dominé par
le secteur privé. Les frais de scolarité annuels demandés aux parents
varient de 15 $ dans le public à près de 1000 $ dans le privé.

Selon les statistiques officielles du gouvernement nigérien, les enfants
issus des milieux ruraux pauvres ont moins de chance d’aller à l’école
que ceux vivant dans les centres urbains. La politique éducative dictée
par la Banque mondiale renforce non seulement les inégalités sociales
entre les centres urbains et les campagnes, mais aussi entre les filles
et les garçons. En 1999-2000, les filles ne représentaient que 39% des
effectifs scolarisés, ce qui correspond à un taux de scolarisation de
27%. Si la tendance actuelle se maintient, la majorité des filles
nigériennes vont rester analphabètes pendant des décennies encore.

Si le problème de l’accès à l’école demeure important, il faut souligner
que le chômage endémique des jeunes diplômés est encore plus
préoccupant. À l’heure actuelle, le Niger compte des milliers de
diplômés sans perspectives réelles d’emploi, alors que le pays a
cruellement besoin de cadres dans tous les domaines. Après avoir passé
plus de vingt ans de leur vie sur les bancs de l’école, les jeunes
diplômés n’ont droit à aucun emploi digne de ce nom. Seuls les plus
chanceux d’entre eux ont droit au service civique national ou peuvent
devenir « volontaires de l’éducation » - des contractuels sous-payés qui
remplacent progressivement les enseignants -, des formes honteuses
d’exploitation de la jeunesse.

Stigmatisée dans les années 1960 comme l’anti-chambre du fonctionnariat,
l’école nigérienne est devenue aujourd’hui l’anti-chambre du chômage.
Les produits de cette école ne parviennent pas à s’insérer dans le tissu
social et économique pour deux raisons essentielles. La première, c’est
que l’État, principal employeur potentiel, ne veut plus recruter,
conséquence des critères de discipline budgétaire imposés par le Fonds
monétaire international et par l’Union économique et monétaire
ouest-africaine. La seconde, c’est que la formation dispensée par les
écoles n’est pas adaptée aux réalités sociales et économiques, et les
filières qui peuvent déboucher sur des emplois sont strictement
contrôlées par le privé.

Face à cette situation, plusieurs organisations de la société civile
nigérienne ont décidé d’engager une lutte résolue pour la défense de
l’école publique. Elles s’insurgent notamment contre la politique dite
de partage des coûts de l’éducation instituée par la Loi d’orientation
du système éducatif, une loi scélérate qui symbolise la renonciation de
l’État du Niger à son devoir d’éduquer.

______________________________

3.- DÉCLARATION FINALE DU FORUM SOCIAL DU BURKINA
______________________________

Le premier forum social du Burkina Faso a eu lieu du 28 au 30 mars 2007 à
l’ENEP (Ecole Nationale des Enseignants du Primaire) de Loumbila (près
de Ouagadougou). Ce forum a été préparé depuis le 6 mai 2006 par une
trentaine d’associations du Burkina Faso. Pendant 3 jours, il a
rassemblé 750 personnes de plus de 150 associations avec des délégations
de France, du Canada, de Belgique, d’Espagne, d’Italie, de Cuba, du
Bénin, du Niger, du Mali et de toutes les régions du Burkina Faso.

Après avoir travaillé dans 3 panels, 34 ateliers, 2 conférences
populaires, les participants à ce forum ont retenu quelques
recommandations qu’ils souhaitent transmettre à tous ceux qui se sentent
interpellés par les situations d’injustice profonde engendrées par la
mondialisation néo-libérale. Bien sûr, tout ne peut pas être dit ici,
nous avons retenu quelques points essentiels dans lesquels les
participants sauront reconnaître leurs propres mots.

Nous, participants au premier forum social du Burkina,
- Nous refusons les politiques néolibérales qui ne cessent de creuser les
écarts entre nations riches et nations pauvres, entre riches et pauvres
dans une même nation… et dont on nous fait croire qu’elles sont le seul
modèle économique possible.
- Nous refusons la concentration des richesses et des pouvoirs aux mains
de quelques multinationales et de quelques Etats au détriment de le
majorité des populations et de l’avenir de notre planète. Cette
domination exercée par une minorité sur l’ensemble est intolérable.
- Nous refusons le désengagement total de l’Etat des services sociaux de
base nécessaires à la cohésion sociale et à la solidarité (santé,
éducation, eau, communications,…). Le droit à l’eau, en particulier dans
notre pays, doit devenir un droit humain effectif et devenir l’affaire
de tous.
- Nous refusons les privatisations, telles qu’elles sont faites, car
elles sont une spoliation des richesses nationales et un abandon du
service public.
- Nous refusons les accords commerciaux inéquitables tels qu’ils sont
dans le TEC (Tarif douanier = Tarif Extérieur Commun) actuel et dans les
APE (Accords de Partenariat Economique) tels que l’Union Européenne veut
nous les imposer (et dont les populations dûment informées ne veulent
pas).
- Nous refusons la destruction de notre agriculture qui va en résulter et
dont vit pourtant 80% de notre population aujourd’hui.
- Nous refusons toute violation des droits humains dans nos pays et nous
demandons à nos dirigeants d’oeuvrer pour la paix : trop de guerres, de
réfugiés, de déplacés hypothèquent notre développement.
- Nous refusons toute exclusion, quelle qu’elle soit.

Nous, participants au premier forum social du Burkina,
- Nous réaffirmons l’urgence d’une politique agricole qui prenne
pleinement en compte la souveraineté alimentaire.
Que nos Etats de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique
de l’Ouest) rehaussent dès maintenant le TEC (Tarif Extérieur Commun) en
y introduisant une bande tarifaire à hauteur de 50% pour la protection
de nos produits agricoles sensibles (graines de coton, tomate, lait,
riz, viande…) dès maintenant et donc avant de commencer la négociation
finale sur les APE (Accords de Partenariat Economique) . (Pour éviter de
voir nos pays inondés par les sous produits des agricultures
subventionnées d’ailleurs…)
Nous nous engageons à changer nos comportements pour consommer nos
produits locaux et soutenir ainsi notre agriculture.
Nous invitons les Organisations Paysannes à proposer à tous les candidats
(maires, députés, président) de s’engager sur quelques mesures
importantes pour le développement de notre agriculture et pour une
meilleure prise en compte de notre agriculture et de nos populations
rurales.
Que les Organisations Paysannes ne s’alignent pas sur les seules
politiques gouvernementales, mais défendent réellement les intérêts des
paysans.
Nous souhaitons que nos Etats délivrent aux producteurs des titres
fonciers qui puissent assurer la sécurité et la stabilité de notre
production agricole, en surtaxant l’agrobusiness et les opérations
spéculatives.
Qu’en ce domaine, il y ait une réelle égalité d’accès à la terre pour
tous, hommes et femmes, et que les femmes puissent en hériter.
- Concernant les OGM (Organismes Génétiquement modifiés), nous demandons
la révision de la mise en œuvre du protocole de Carthagène, la
sensibilisation des populations à la base, et la concertation entre
chercheurs sur les OGM pour mieux mesurer les risques réels et mettre en
oeuvre le principe de précaution. Nous demandons que cesse immédiatement
le chantage sur les producteurs de coton qui refusent la culture des OGM
et leur imposition par les autorités dans notre pays.
- Concernant la dette injuste qui accable nos pays, nous demandons
qu’elle soit reconvertie intégralement en programmes de développement à
la base – et avec des mécanismes de contrôle transparents et accessibles
à tous par une information régulière.
- Concernant les OMD (Objectifs du Millénaire du Développement) et
l’accès aux services sociaux de base, nous constatons avec tristesse que
les objectifs sont loin d’être atteints, car les choix politiques
actuels , la formulation et l’exécution des projets ne sont pas
transparents.
- Concernant les mutuelles, nous souhaitons en encourager toutes les
formes qui permettent aux populations de décider elles-mêmes de leurs
priorités, de leurs manières de les gérer et de se les approprier. Nous
souhaitons que les services publics nous y encouragent.
- Concernant la santé, nous souhaitons que toutes les régions du pays
soient également couvertes et bénéficient des mêmes avantages que la
capitale.
- Concernant l’éducation, nous demandons l’arrêt immédiat de
l’application des P.A.S. (Plans d’Ajustement Structurel) ; que l’école
soit obligatoire et gratuite jusqu’à l’âge de 16 ans, que soit relevé le
niveau de vie des enseignants et apprenants, que l’éducation non
formelle soit encouragée et développée.
- Concernant les communications, nous demandons : « Un village, un
téléphone avant 2015 »
- Concernant l’environnement, nous recommandons qu’il soit mieux pris en
compte dans la pratique et l’élaboration de nos politiques pour des
pratiques plus respectueuses de notre environnement : reboisement,
agriculture biologique, éducation, exploitations minières mieux
encadrées, sachets plastique noirs à proscrire, assainissement et
viabilisation dans les villes.
- Concernant les OSC (Organisations de la Société Civile), nous pensons
qu’il est urgent et important qu’un cadre légal soit défini pour elles
et qu’elles puissent être associées de plus en plus, selon leurs
compétences, aux prises de décision qui engagent la vie du pays.
Qu’elles puissent aller en justice pour défendre leurs intérêts et ceux
de leurs membres. Nous demandons qu’une attention particulière soit
portée à la transparence dans la gestion financière et à la
représentativité pour l’obtention des financements.
- Concernant la corruption et la bonne gouvernance, nous demandons aux
personnalités de l’Etat et de l’administration de se soumettre à la loi
commune de l’Etat de droit faite pour tous : que chacun paie ses
factures, renonce aux pratiques de corruption et de pots de vin, etc.
Que l’égalité de droits et de devoirs entre tous les membres de la
société soit respectée. Que l’Etat soit garant de la justice et de la
bonne gouvernance (exploitation, torture, exécutions extrajudiciaires…)
Que la liberté de presse soit renforcée (dépénalisation des délits de
presse). Que la liberté d’association et d’expression soit améliorée.

Il faut parler beaucoup de la corruption parce qu’elle se répand partout.
Nous recommandons tout particulièrement :

- L’arrêt des retenues sur les frais inexplicables au niveau du coton.
- Des pétitions de parents d’élèves pour réduire les frais scolaires
abusifs.
- Des alliances avec nos voisins pour réduire les fraudes douanières.
- L’implication des associations aux journées de lutte anti-corruption.
- Possibilité pour tous d’accéder à un logement décent.
- Retour à nos valeurs cardinales pour rééduquer les jeunes.

Après le temps fort de ce forum, nous, Organisations de la Société Civile
au BURKINA présentes à Loumbila, prenons l’engagement de nous retrouver
à un rythme à préciser, pour faire le point des mises en œuvre de cette
déclaration finale, pour continuer à renforcer nos réseaux associatifs
et avancer dans notre réflexion et nos luttes.

Nous réaffirmons notre opposition aux politiques néo-libérales, aux
institutions financières internationales qui nous écrasent.
Nous sommes solidaires de tous ceux qui luttent pour leur dignité, leurs
intérêts matériels et moraux, en organisant des forums, en informant les
populations à la base, en organisant des marches légales et
non-violentes, en disant « non » aux politiques inadmissibles qui nous
écrasent, en étant solidaires de ceux qui souffrent et qui sont
exclus,... en nous appropriant nos vies dans une logique où ce n’est
plus la puissance financière qui nous domine, mais dans une logique où
l’homme et la femme sont remis au centre !

Oui, un autre monde est possible,
Oui, une autre Afrique est possible, unie et forte,
Oui, un autre Burkina est possible, moins corrompu, plus juste, plus
solidaire !

Les participants au forum
Plus d’information : http://www.forumsocialburkina.info

______________________________

4.- DÉCLARATION DE NYÉLÉNI
Sélingué, Mali
28 février 2007
______________________________

Nous, plus de 500 représentants de plus de 80 pays, d’organisations de
paysans, de pêcheurs traditionnels, de peuples autochtones, de peuples
sans terre, de travailleurs ruraux, de migrants, d’éleveurs nomades, de
communautés habitant les forêts, de femmes, de jeunes, de consommateurs,
de mouvements écologistes et urbains, nous sommes réunis dans le village
de Nyéléni à Sélingué, au Mali, afin de renforcer le mouvement mondial
pour la souveraineté alimentaire. Nous le faisons brique par brique, en
vivant dans des cases construites à la main dans le respect de la
tradition locale et en consommant des aliments produits et préparés par
la communauté de Sélingué… Nous avons baptisé notre démarche collective
« Nyéléni », en hommage à une légendaire paysanne malienne qui nous a
inspiré, une femme qui a remarquablement cultivé les terres et nourrit
les siens.

La plupart d’entre nous sommes producteurs et productrices alimentaires
et sommes prêts, capables et désireux de nourrir les peuples du monde.
Notre patrimoine en tant que producteurs alimentaires est crucial pour
l’avenir de l’humanité. Cela vaut particulièrement pour les femmes et
les peuples indigènes, créateurs historiques de savoirs alimentaires et
agricoles, qui sont sous-estimes. Cependant, ce patrimoine et nos
capacités à produire des aliments sains, de qualité et en abondance se
voient menacés, sapés, par le néolibéralisme et le capitalisme mondial.
La souveraineté alimentaire nous donne l’espoir et le pouvoir de
préserver, de récupérer et développer notre savoir et capacité de
production alimentaire.

La souveraineté alimentaire est le droit des peuples à une alimentation
saine, dans le respect des cultures, produite à l’aide de méthodes
durables et respectueuses de l’environnement, ainsi que leur droit à
définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles. Elle place les
producteurs, distributeurs et consommateurs des aliments au cœur des
systèmes et politiques alimentaires en lieu et place des exigences des
marchés et des transnationales. Elle défend les intérêts et
l’intégration de la prochaine génération. Elle représente une stratégie
de résistance et de démantèlement du commerce entrepreneurial et du
régime alimentaire actuel. Elle donne des orientations pour que les
systèmes alimentaires, agricoles, halieutiques et d’élevage soient
définis par les producteurs locaux. La souveraineté alimentaire donne la
priorité aux économies et aux marchés locaux et nationaux et fait primer
une agriculture paysanne et familiale, une pêche traditionnelle, un
élevage de pasteurs, ainsi qu’une production, distribution et
consommation alimentaires basées sur la durabilité environnementale,
sociale et économique. La souveraineté alimentaire promeut un commerce
transparent qui garantisse un revenu juste a tous les peuples et les
droits des consommateurs a contrôler leurs aliments et leur
alimentation. Elle garantit que les droits d’utiliser et de gérer nos
terres, territoires, eaux, semences, bétail et biodiversité soient aux
mains de ceux et celles qui produisent les aliments. La souveraineté
alimentaire implique de nouvelles relations sociales, sans oppression et
inégalités entres les hommes et les femmes, les peuples, les groupes
raciaux, les classes sociales et les générations.

À Nyéléni, lors des multiples débats et échanges, nous approfondissons
notre compréhension collective de la souveraineté alimentaire et avons
pris conscience de la réalité des luttes de nos mouvements respectifs
pour conserver leur autonomie et recouvrer leurs pouvoirs. Nous
connaissons désormais mieux les instruments nécessaires pour bâtir notre
mouvement et promouvoir notre vision collective.

Pourquoi nous battons-nous ?

Un monde où …

… où tous les peuples, nations et états puissent définir leurs propres
systèmes et politiques de production alimentaire, garantissant à chacun
d’ entre nous une alimentation de qualité, appropriée, abordable, saine
et respectueuse de la culture

… où le rôle et les droits des femmes dans la production alimentaire
ainsi que la représentation des femmes au sein de tous les organes
directeurs soient reconnus et respectes

… où tous les peuples de tous nos pays puissent vivre dignement, obtenir
une rémunération décente pour leur labeur et aient la possibilité de
rester chez eux

… où la souveraineté alimentaire est considérée comme un droit humain
fondamental, reconnu et respecté par les communautés, les peuples, les
états et les organes internationaux

… où nous puissions préserver et réhabiliter les milieux ruraux, les
réserves halieutiques, le paysage et les traditions alimentaires
reposant sur une gestion durable et respectueuse de l’environnement, des
terres, sols, eaux, mers, semences, bétail et autre biodiversité ;

… où nous reconnaissons, apprécions à sa juste valeur et respectons notre
diversité de savoirs, d’ aliments, de langues et de cultures
traditionnels et la façon dont nous nous organisons et faisons entendre
notre voix ;

… où existe une véritable réforme agraire intégrale qui garantisse aux
paysans tous les droits sur leurs terres, qui défende et récupère les
territoires des peuples autochtones, assure aux communautés de pêcheurs
l’accès et le contrôle de leurs zones de pêche et écosystèmes, honore
l’accès et le contrôle des pâturages et des voies migratoires,
garantisse un travail décent pour une rémunération juste ainsi que les
droits de tous les travailleurs et un avenir à la jeunesse dans les
campagnes. ;

… où la réforme agraire revitalise l’interdépendance entre producteurs et
consommateurs, assure la survie de la communauté, la justice économique
et sociale, la pérennité écologique ainsi que l’autonomie et la
gouvernance locales, dans le respect des droits égaux entre les hommes
et les femmes,

…où le droit au territoire et à l’autodétermination des peuples est
garanti.

… où nous partageons pacifiquement et équitablement nos territoires entre
nos peuples, que nous soyons paysans, communautés autochtones, pêcheurs
traditionnels, pastoralistes, etc.

…où, dans le cas de catastrophes naturelles et provoquées par l’homme et
de situations post-conflit, la souveraineté alimentaire soit une «
assurance » qui renforce les initiatives de reconstruction locale et
atténue les répercussions négatives. Où nous gardons à l’esprit que les
communautés touchées ne sont pas désespérées et où les organisations
locales et fortes d’aide à l’entraide sont au cœur de la reconstruction.

…où le pouvoir des peuples à prendre des décisions relatives à leurs
patrimoines matériels, naturels et spirituels soit défendu.

Contre quoi nous battons-nous ?

L’impérialisme, le néolibéralisme, le néocolonialisme et le patriarcat
ainsi que tous les systèmes qui appauvrissent la vie, les ressources et
les écosystèmes mais aussi leurs promoteurs, tels que les institutions
financières internationales, l’Organisation Mondiale du Commerce, les
accords de libre échange les multinationales et les gouvernements
ennemis des peuples.
Le dumping d’aliments à des prix inférieurs aux coûts de production dans
l’économie mondiale.

La domination de nos systèmes alimentaires et agricoles par les
multinationales qui font prévaloir les profits sur les peuples, la santé
et l’environnement.
Les technologies et les pratiques qui minent nos capacités futures de
production alimentaire, nuisent à l’environnement et mettent en péril
notre santé. Entendons par là les cultures et les animaux transgéniques,
la technologie terminator, l’aquaculture industrielle et les pratiques
halieutiques destructives, la soi-disant révolution blanche des
pratiques laitières industrielles, l’« ancienne » et la « nouvelle »
révolution verte et les « déserts verts » des monocultures industrielles
d’agrocarburants et autres plantations.

La privatisation et marchandisation des aliments, des services publics et
de base, du savoir, de la terre, de l’eau, des semences, du bétail et de
notre patrimoine naturel

Les modèles et projets de développement et l’industrie d’extraction qui
déplacent les peuples et détruisent l’environnement et notre patrimoine
naturel ;

Les guerres, les conflits, les occupations, les embargos économiques, les
famines, les déplacements forces des peuples et la confiscation de leurs
terres, ainsi que toutes les forces et gouvernements qui sont à leur
origine et les appuient ; les programmes de reconstruction a la suite de
conflits et de catastrophes naturelles qui détruisent nos environnements
et nos capacités

La criminalisation de tous ceux qui luttent pour protéger et défendre nos
droits ;

L’aide alimentaire qui cache le dumping, introduit des OGM dans notre
environnement et systèmes alimentaires locaux et crée un nouveau
colonialisme, l’internationalisation et mondialisation des valeurs
paternalistes et patriarcales marginalisant les femmes, les diverses
communautés agricoles, autochtones, pastorales et de pêcheurs dans le
monde ;

Que pouvons-nous faire ?

Tout en travaillant avec la communauté locale a Selinge pour créer un
espace de rencontre a Nyeleni, nous nous engageons a développer notre
mouvement collectif pour la souveraineté alimentaire en passant des
alliances, en appuyant nos luttes respectives et en offrant notre
solidarité, forces et créativité aux peuples du monde entier qui luttent
pour la souveraineté alimentaire. Toute lutte, en tout lieu du monde,
pour la souveraineté alimentaire, est notre lutte.

Nous avons abouti à plusieurs actions collectives afin de partager notre
vision de la souveraineté alimentaire avec tous les peuples de cette
terre, actions qui sont reprises dans notre document de synthèse. Nous
mettrons ces actions en œuvre dans nos zones locales et régions
respectives, au sein de nos mouvements et conjointement avec les autres,
de façon solidaire. Nous partagerons notre vision et plan d’action pour
la souveraineté alimentaire avec ceux qui peuvent être ici avec nous a
Nyeleni, de sorte que l’esprit de Nyeleni se répande dans le monde et
devienne la force puissante qui fera de la souveraineté alimentaire une
réalité pour tous les peuples du monde.

Enfin, nous apportons notre soutien inconditionnel et inébranlable aux
mouvements paysans du Mali et au ROPPA pour répondre a leur souhait que
la souveraineté alimentaire devienne une realite au Mali et par
extension dans toute l’Afrique

L’heure de la souveraineté alimentaire est venue !


______________________________

5.- APRES LA GUERRE, LA PRIVATISATION DU PÉTROLE ?
Par Adam Novak (Alternatives Quebec), 30 mars 2007
______________________________

La clé de voûte de la stratégie américaine en Irak semble en bonne voie
d’être complétée. Une nouvelle loi du gouvernement irakien pourrait
bientôt placer l’extraction, le raffinage et la vente du pétrole entre
les mains d’une poignée de multinationales américaines ou britanniques.
Et la vive opposition des syndicats et des mouvements sociaux en Irak
survient peut-être trop tard.

Le ministre irakien du pétrole, Hussein al-Shahristani a confié à
l’agence de presse Reuter que seules les multinationales occidentales
possèdent la technologie, l’expérience et les capacités financières
colossales – entre 20 et 30 milliards de dollars – pour moderniser
l’industrie pétrolière en Irak. Mais pour leur donner le champ libre, il
lui faut trouver un moyen de contourner la Constitution irakienne, qui
prévient la vente des ressources pétrolières du pays à des intérêts
étrangers. Ce sera peut-être chose faite avec le projet de loi sur les
hydrocarbures, dont certaines dispositions pourraient autoriser les
compagnies américaines et irakiennes à signer des contrats secrets leur
permettant de faire main basse sur le pétrole irakien.

Les compagnies étrangères choisies disposeraient d’un accès privilégié à
une série de zones d’extraction pétrolière pour une durée de 25 ans.
Mieux, elles payeraient moins de 10 % de redevances à l’État, tout en
pouvant conserver tous les profits. Une véritable aubaine, qui ne serait
assortie d’aucune obligation d’employer des Irakiens ou de maintenir
dans le pays des activités générant d’importantes retombées économiques,
comme le raffinage et la mise en marché. De plus, les multinationales
pourraient édicter leurs propres normes en matière de santé, de sécurité
au travail ou de protection de l’environnement sur « leurs » champs de
pétrole. Au diable les lois irakiennes.
Le Parlement irakien ne serait pas tenu informé des contrats qui seront
signés. Et les différends qui ne manqueront pas de surgir entre le
gouvernement et les compagnies étrangères devront être tranchés par les
mécanismes d’arbitrage internationaux. Surtout pas par les tribunaux
irakiens. Aucun autre pays du Moyen-Orient, même parmi les alliés
inconditionnels des États-Unis dans le Golfe, n’avait encore cédé de
manière aussi massive sa souveraineté sur une ressource naturelle aussi
stratégique.

L’aide au service de la privatisation

L’Irak possède la troisième réserve de pétrole en importance du monde. De
plus, son pétrole se révèle généralement de très grande qualité, en plus
d’être relativement facile à extraire. Et pourtant, en définitive, le
pays pourrait en retirer un prix inférieur à ce que le Canada obtient
pour le pétrole extrêmement coûteux à extraire et à raffiner des sables
bitumineux de l’Athabasca. Pire, si le gouvernement parvient à atteindre
son objectif de faire passer sa production de 1,6 millions de barils par
jour à cinq millions de barils par jour, les quelques multinationales
chanceuses pourraient réussir à pomper les réserves irakiennes jusqu’à
la dernière goutte avant la fin des contrats de 25 ans.

Sans compter que l’afflux du pétrole irakien sur le marché international
briserait le pouvoir de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole
(OPEP) et de pays comme l’Iran ou le Venezuela, qui tentent de freiner
la production mondiale pour maintenir les prix relativement élevés. Le
Parlement irakien a examiné pour la première fois le projet de loi sur
les hydrocarbures il y a quelques semaines. Mais les articles cruciaux
du projet relèvent d’un plan stratégique mis sur pied bien avant
l’invasion de l’Irak, et raffinés depuis par des experts britanniques et
américains, qui servent souvent de conseillers auprès des ministères
irakiens du Pétrole ou de la Planification.

Selon le quotidien The Independent, le gouvernement britannique a même
puisé dans son budget destiné à l’aide internationale pour payer
l’Institut Adam Smith et d’autres think tanks de droite qui étaient
chargés de « restructurer » certains ministères devant assurer la
privatisation. « Le Fonds monétaire international a même fait de
l’adoption d’une loi déréglementant les hydrocarbures une condition pour
annuler environ 6 % de la monstrueuse dette de l’Irak », s’est indigné
l’hebdomadaire américain The Nation.
La plupart des Irakiens sont bien trop occupés à tenter de survivre pour
prendre note des transformations massives que prépare « leur »
gouvernement. Les médias irakiens, qui reflètent le plus souvent les
points de vue sectaires de politiciens ou d’hommes d’affaires en vue,
ont fait dévier les débats sur d’autres questions. Par exemple, ils se
sont beaucoup demandé si ce sont les provinces ou le gouvernement
central qui devraient signer les contrats d’exploitation pétrolière. Ou
encore, ils ont beaucoup discuté de la représentation des diverses
communautés ethniques et religieuses au sein des différentes commissions
gouvernementales qui doivent superviser le processus. Peu importe. Les
multinationales sont toujours présentées comme des partenaires
incontournables et indispensables.

Une rare unanimité

Contre toute attente, dans un rare élan d’unité, les principaux syndicats
irakiens ont forcé le gouvernement à reporter sa loi, dont les
États-Unis espéraient l’adoption durant l’année 2006. Les syndicats ont
fait valoir que la privatisation du pétrole constituait une ligne rouge
qu’aucun gouvernement irakien n’avait osé franchir depuis l’expulsion
d’une nuée de compagnies britanniques et américaines, au moment de
l’indépendance du pays. « Le pétrole doit demeurer une ressource
nationale, (...) partout où cela est possible, a expliqué Hassan Jumaa
Awad al Assadi, le président de la Fédération des syndicats irakiens du
Pétrole. La production doit demeurer entre les mains de compagnies
irakiennes, pour donner de l’emploi à nos ouvriers, à nos techniciens et
à nos ingénieurs. Et si nous n’en avons pas assez, nous n’avons qu’à en
former ! »

L’influent mouvement des femmes irakiennes s’est joint récemment à la
campagne contre la privatisation, en faisant valoir que seul un contrôle
national peut assurer des revenus suffisants pour financer des
programmes de lutte contre la pauvreté. Le mouvement attirait tout
particulièrement l’attention sur les pensions accordées aux veuves, qui
constituent désormais les pauvres parmi les pauvres, en Irak. «
Peut-être qu’une certaine forme de coopération avec les multinationales
étrangères est inévitable, a expliqué la présidente de la Ligue des
femmes irakiennes. Mais l’Irak doit demeurer l’actionnaire principal, et
le gouvernement ne doit pas perdre de vue les besoins fondamentaux des
citoyens. »

Les craintes entourant la privatisation se sont étendues aux étudiants
irakiens, qui insufflent désormais beaucoup d’énergie dans la campagne
contre la Loi sur les Hydrocarbures. Un représentant de l’Union générale
des étudiants irakiens, qui se trouvait récemment au Canada, a ainsi
résumé la situation. « En Irak, nous avons désormais 40 syndicats
d’étudiants, tous divisés en fonction des partis politiques, des
croyances religieuses, des origines ethniques ou des sensibilités
régionales. Mais la plupart des étudiants refusent de voir que leur pays
s’enfonce dans des luttes sectaires, et ils veulent que leurs syndicats
s’unissent pour défendre l’intérêt public. »
Les pressions exercées par les mouvements sociaux commencent à modifier
la stratégie du Parti communiste irakien, le seul groupe parlementaire
ouvertement opposé aux privatisations et à la division de l’État sur des
bases religieuses. Depuis la chute de Saddam Hussein, les parlementaires
communistes se sont même alliés à des « libéraux » pour former un bloc
parlementaire démocratique opposé aux partis ethniques ou islamistes.

Il faut dire que la résistance du Parlement et de l’opinion publique
était aussi parvenue à défaire les premières tentatives des États-Unis
pour s’approprier le pétrole irakien. Iyad Allawi, l’ex-premier ministre
qu’avaient nommé les États-Unis, voulaient ainsi permettre aux
compagnies étrangères d’acquérir la propriété de certaines nappes de
pétrole souterraines. Une aberration, selon The Nation. pour qui « ce
genre d’arrangement n’existe qu’aux États-Unis. Dans tous les autres
pays, le pétrole est une propriété de l’État, même si ce sont des
compagnies privées qui en font l’extraction et la vente. »
De tout temps, quand il s’agit de privatisation, les opposants peuvent
compter sur l’appui de certains fonctionnaires du ministère irakien du
Pétrole. « Ces gens ont réussi à administrer très convenablement
l’industrie durant les années de sanctions internationales, a expliqué
Rafiq Latta, de la firme de consultants Argus Energy, lors d’une
entrevue avec The Nation. Ils ont fait un travail impressionnant, et ils
sont fiers de « leur » pétrole. Toute la culture du ministère est
contraire à la privatisation. »

L’appui à la campagne contre la privatisation gagne aussi de l’ampleur à
l’étranger, particulièrement dans des pays comme la Grande-Bretagne et
l’Italie, où les gouvernements avaient supporté l’invasion de l’Irak, en
2003. Paola Gasparoli, du groupe italien Un Ponte Per, résume : «
permettre la vente de l’industrie du pétrole irakien à des intérêts
étrangers tout en expédiant de l’argent en Irak pour l’aide humanitaire
et la reconstruction, ce n’est pas seulement une farce macabre, c’est
complètement immoral. »

Plus près de nous, aux États-Unis, la campagne prendra pour cible
Chevron, l’une des compagnies qui auraient le plus à gagner d’une
éventuelle privatisation du pétrole irakien. Qui sait ? En tordant le
bras au gouvernement irakien pour qu’il fasse adopter l’impopulaire loi
sur les Hydrocarbures par le Parlement, les États-Unis sont peut-être
allés trop loin. Au point de réussir le tour de force d’unir pour une
fois tous les Irakiens autour d’une même cause ?

______________________________

6.- DE LA CENSURE ET DE L’INFORMATION À DESTINATION DU PEUPLE
Par Denis Robert, écrivain
______________________________

Jamais je n’aurais imaginé en arriver à devoir me défendre comme je le
fais. Mon métier, c’est d’écrire. J’en arrive parfois à être dégoûté de
l’exercer. Ce n’est pas une lubie passagère, ni une panne d’inspiration,
ni un sentiment irrémédiable. Je déborde de projets, mais ce matin, en
descendant à mon bureau, un appel de mon avocat m’a tout à coup arrêté.

Il m’apprend que Clearstream envoie les huissiers pour une saisie sur mes
comptes personnels. Environ huit mille euros me sont réclamés. Jusqu’à
présent les huissiers m’amenaient des plaintes par paquet de dix mais
c’est la première fois qu’il menace de bloquer mes comptes. C’est à la
suite d’une énième plainte de Clearstream contre une interview tronquée
publiée par VSD en juin dernier. De toutes les galères (et les bonheurs)
que je vis depuis que je me suis intéressé au fonctionnement trouble de
la multinationale luxembourgeoise, cette condamnation est ce que j’ai le
plus de mal à accepter. Tant elle est imméritée. Je suis condamné en
première instance et pour diffamation alors que je ne me suis pas
défendu sur le fond, ne reconnaissant pas mes mots dans la présentation
faite par l’hebdomadaire. Cette décision est exécutoire. Ce qui est
exceptionnel en matière de diffamation. Même si j’ai fait appel, je dois
payer. Il y a généralement entre des parties opposées une sorte de
gentlemen agreement pour attendre l’appel avant d’exécuter un jugement.
Là, l’huissier vient de recevoir l’ordre impératif de récupérer des
fonds. Mes fonds.

Il y a volonté délibérée de me faire payer, au sens propre comme au
figuré. Si la somme n’est pas anodine, je fais d’abord une question de
principe de cette menace. Elle me permet d’expliquer comment s’exerce
aujourd’hui la censure en France. Je rappellerai seulement que le
chiffre d’affaires de la multinationale basée à Luxembourg, mais qui
compte pour clients les plus grandes banques de la planète s’est élevée
à près de vingt milliards d’euros l’an passé.
Clearstream et son avocat ont appris à faire un amalgame entre l’affaire
du corbeau qui occupe les journaux français depuis un an et celle des
comptes non publiés qui permettent de dissimuler des transactions qui
les fatigue par sa complexité supposée. Ma mise en examen en décembre
dernier pour recel d’abus de vol et d’abus de confiance devant les juges
d’Huy et Pons n’a rien arrangé. Je suis à tort présenté comme celui qui
a initié la manipulation de listing, alors que ma contre-enquête publiée
en juin dernier débloque l’instruction et dédouane Clearstream. Passons…

Le service juridique de la multinationale va maintenant pouvoir faire
publier (en partie à mes frais, ça me mine) dans des journaux français
et étrangers le fait que j’ai été condamné pour avoir dit (à VSD) qu’ils
étaient « un poumon de la finance parallèle ». C’est le but de
l’exécution de ce matin.

Il suffit de jeter un œil aux annexes de mes livres ou aux listings
authentifiés par la firme et publiés dans la presse, de comptabiliser
les comptes ouverts dans les 40 paradis fiscaux alimentés par des
milliers de clients de Clearstream pour ne pas douter du rôle
fondamental joué, au moins jusqu’en 2002, par ce poumon financier dans
ce qu’on peut appeler « l’économie grise ». Doux euphémisme. Si ces
clients peuvent ouvrir au sein de la chambre de compensation ces comptes
(entre 6000 et 7000 selon mes calculs et les listes de 2001) dans ces
lieux protégés des regards importuns et faciliter ainsi les transferts
de milliards d’euros en les rendant inaccessibles à tout contrôle, ce
n’est pas alimenter une finance parallèle, qu’est ce que c’est ?

Je rends publique cette question. Je ne devrais pas. Là, intervient la
censure. Aujourd’hui, poser cette interrogation légitime et de bon sens
(me) fait prendre un risque judiciaire et financier. Ce n’est pas une
mais plusieurs dizaines de plaintes en diffamation qui courent en ce
moment contre moi, mon éditeur ou la chaîne qui a eu le malheur (ou le
courage, c’est selon) de diffuser mes films... J’ai tout gagné jusqu’à
présent sauf ce foutu procès VSD et les deux procès contre mon premier
livre et mon premier film où j’ai été condamné deux fois à un euro et où
j’ai fait appel. Ceux qui en douteraient peuvent facilement le vérifier
sur le Net (tapez Google ou
http://www.ladominationdumonde/blogspot.com). Cette situation marque une
régression démocratique. Un abus de position dominante. C’est un viol
supplémentaire et intolérable à la liberté d’informer et d’écrire.

A trop laisser faire, on ne finira pas tous au paradis mais à l’ANPE.
C’est de cela qu’il s’agit. L’argent ainsi subtilisé par les champions
de la Forbes academy ne naît pas de rien, n’est pas virtuel. L’argent
qui fuit est celui des hommes qui travaillent. Passons…

Je reçois ces derniers jours, suite aux remous récents suscités par
l’affaire du corbeau, des appels de journalistes. Tous me racontent le
couplet servi par l’oiseau de mauvaise augure chargé de la communication
de la Clearstream Company. Il passe ses journées à faire la tournée des
rédactions et mettre en avant « ma » condamnation (elle finira en
légion d’honneur…). Il prévient que je ne suis « pas fiable », que je
suis « seul et de plus en plus isolé », que j’ai « perdu tous mes
procès », que je suis « quémandeur d’un accord »… Il envoie
complaisamment par fax les pages du dernier jugement (merci pour les
copies). Ces journalistes à qui j’ai parlé rendent compte qu’un « cordon
de sécurité » serait tendu autour de mon travail. Ce n’est pas une
découverte. Je sens le souffre et la sueur altermondialiste. Denis
Robert est excessif. C’est un poète. Un Jules Verne de la finance. Il a
pété les plombs. Je les ennuie, je le comprends. Il préfèreraient que je
n’existe pas. Je les comprends moins.

Je suis utile les gars… Et résistant. Plus vous m’enverrez d’huissier.
Moins je serais gentil. C’est une règle philosophique. Je sais ce que
j’ai fait ; et tout le monde peut se tromper. Surtout vous et les
magistrats de la 17ième chambre du TGI de Paris.

Les huissiers qui débarquent ce matin et la publication imminente dans la
presse du jugement VSD pourront être interprétées de deux manières. Ceux
qui ne connaissent rien à ce dossier vont penser à une défaite me
concernant. Les autres auront compris que c’est le signe d’un énervement
manifeste de la part de la multinationale Clearstream qui aimerait
étouffer les vérités que nous avons publiées. Les gommer. Les pulvériser
à coups de menaces. La censure, par la peur des procès, joue à fond.
J’ai une petite idée sur les raisons de cette rapacité soudaine de la
part de Clearstream Banking à mon égard. Elle tient aux démarches que
nous avons entreprises auprès des candidats à l’élection présidentielle
pour mettre en cause le rôle de Clearstream dans les évasions de
capitaux. Une lettre ouverte vient en effet d’être envoyée à chacun
d’entre eux (http://lesoutien.blogspot.com/). Elle tient encore plus à
la sortie simultanée cette semaine de deux livres écrits par les
principaux protagonistes de l’affaire des listings trafiqués.

Si le premier, celui de l’informaticien Imad Lahoud (un coupable idéal,
Privé) s’en prend trop prudemment à Clearstream et accumule tellement de
mensonges et de contre-vérités qu’il a perdu toute crédibilité, le
second co-écrit par Jean Louis Gergorin, ex numéro deux d’Eads,
(Rapacités, Fayard) est accablant pour la firme. Gergorin raconte
comment il a découvert cet « instrument extraordinaire de la finance
internationale aux capacités pour le moins inquiétantes ». Il cite un
ancien directeur du Trésor qui explique « Clearstream facilite la
réintégration dans le système financier de fonds dont il vaut mieux ne
pas connaître l’origine ». Il développe, avec précision, les moyens
utilisés par la multinationale pour fabriquer de l’opacité et la vendre
à ses clients.

Devenu par sa fonction de responsable de la stratégie d’Eads un abonné
aux services Internet et Intranet de Clearstream, il peut montrer
comment ouvrir des comptes dit « additionnels » qui servent de «
véhicules financiers » aux transactions douteuses. « Aux véhicules
financiers immatriculés -les comptes principaux- peuvent se voir
attelées des remorques sans plaque d’identification visible, puisque les
comptes additionnels ne sont pas forcément publiés ». Il ajoute que les
ayant droit économiques de ces comptes ne sont pas connus de
Clearstream, que ces derniers peuvent être « des particuliers ». Et
transférer à leur guise et en toute discrétion « des liquidités ». Ce
qu’a toujours et d’une manière forcenée nié la multinationale. Gergorin
décrit pourquoi ces transactions parallèles ne laissent pas de traces
dans la comptabilité. Il dénombre 11296 comptes additionnels (non
publiés) : « Ce n’est pas une mince affaire… Après 5 mois d’analyse,
j’ai acquis la conviction qu’il existe chez Clearstream jusqu’en 2001 et
probablement jusqu’en 2004, une catégorie extraordinaire de comptes
qu’on pourrait appeler les comptes morts-vivants »

Onze mille deux cent quatre vingt seize comptes.

Toute l’explication de Gergorin, et c’est sûrement le fait le plus
remarquable, repose sur des textes récupérés légalement de l’intérieur
de la firme qu’il publie en annexes. Difficile d’en nier l’existence.

C’est la première fois depuis six années que l’affaire est sortie qu’un
travail de réflexion et d’enquête est réalisé dans la continuité du
nôtre. Ce n’est pas un journaliste qui le fait (encore qu’il se soit
adjoint la collaboration de l’excellente Sophie Coignard). C’est un
polytechnicien, un vendeur d’armes et d’Airbus. Un haut fonctionnaire
qui petit-déjeune avec Kissinger, déjeune avec Dominique de Villepin et
dîne avec tous les banquiers de la planète.

J’ignore qui a manipulé qui dans l’affaire de corbeau, même si le tableau
se fait plus précis ces derniers temps, mais je ne vois pas l’intérêt
pour Jean Louis Gergorin, du fait de ses casseroles médiatiques, de sa
mise en examen et des risques encourus, de commettre pareil livre
aujourd’hui. C’est le signe d’une sincérité. D’un retour à l’humain.
Gergorin, après s’en être bien servi, se rend compte de la voracité du
système financier international. De sa dérive organique… Ce qui peut
paraître paradoxal compte tenu de tout ce qu’on a écrit sur lui. C’est
trop facile aujourd’hui de le renvoyer à son hypothétique folie comme le
font les mauvais journalistes ou les témoins peu fiables genre Lahoud.
Ceux qui ne réfléchissent pas plus loin que le bout de leur nez ou sont
instrumentalisés pour fabriquer des écrans de fumée.

Relevons ce paradoxe : plus une affaire est médiatisée, moins le public
est informé. Aujourd’hui que la pression judiciaire est temporairement
retombée et que ces livres sortent, on pourrait plus facilement trouver
la clé et dire les rôles joués par les uns et les autres. Y compris
revenir sur le fonctionnement dangereux de la chambre de compensation
luxembourgeoise. Mais tout le monde semble s’en moquer. Trop sulfureux,
dit-on. Trop compliqué, répète-t-on. La campagne électorale annihile
toutes velléités d’information. Nous sommes entrés insidieusement dans
la censure. On se prive d’informations de peur de…

Le parti socialiste devrait pourtant se saisir de cette affaire et de ces
nouvelles révélations. Bayrou aussi. Et pourquoi pas Sarkozy ? Surtout
s’ils n’ont rien à se reprocher. Clearstream met en exergue plusieurs
fléaux : la restriction de la liberté d’écrire et d’informer, les
combines de la droite au pouvoir et l’absence de contrôle sur les outils
financiers transnationaux. Jamais les paradis fiscaux ne se sont si bien
portés. Jamais les journalistes n’ont été aussi impuissants. Jamais les
juteuses rétrocommissions des frégates ne se sont si bien cachées… Le
peuple, puisque Ségolène Royal s’y réfère aujourd’hui… « Je n’ai de
compte à rendre qu’au peuple » dit-elle, après que Sarkozy cite Jaurès
et son attachement au « monde ouvrier »… Le peuple donc… est passionné
par ces affaires. Bien plus que par les anecdotiques révélations sur des
bidouillages d’impôts ou des appartements sous-payés… Le peuple a envie
qu’on l’informe et qu’on le défende sur le terrain de l’hyper-finance.
Je le connais le peuple, c’est mon copain. Il a horreur qu’on se moque
de lui et qu’on parle en son nom. Surtout qu’il dormait tranquillement
depuis si longtemps. Le peuple a de la mémoire, une capacité
d’encaissement limitée. Et une sorte de colère qui dort et qu’il ne
faudrait pas trop chercher à réveiller.


19 avr. 2007

Uma ode ao vinho

Escadinhas do Alto

No bairro estreito enfado de copo na mão,
em pedra negra brilha escorregadia vida.
Pernas, ancas, encantos, pés, bocas floridas
acordam vozes roucas de arrastar o chão.

Olhando do alto duque a escadaria
voávamos em águias de ouro alucinante
já abertos os olhos a noite trazia
o mote, a lua cheia e começava o vinho, o cante

Sabiam sempre os passos mornos onde dar
subindo à gávea da noite e da lua.
Estrela d'alva Maria nova p'ra dançar
enquanto o sol queimava a madrugada nua.

Poema e música: Janita Salomé
Arranjo e piano: Ricardo J. Dias (BVJ)
Guitarra portuguesa: Ricardo Dias
Guitarra clássica: Ni Ferreirinha